La santé mentale en agriculture et le rôle des agronomes

Par Florence Vachon-Laberge

Plusieurs agronomes le disent : le lien avec les client.e.s est primordial dans ce métier. Un lien de confiance et une bonne relation avec les producteurs et productrices est nécessaire pour assurer un bon suivi. L’agriculture est aussi un choix de carrière qui peut s’avérer être un défi.

En effet, la plupart des secteurs agricoles n’assurent pas un revenu stable, dépendent des conditions météorologiques, n’ont pas une grande marge de profits, etc. La plupart des fermes sont également situées en région, ce qui peut créer de l’isolement et un manque d’accès aux ressources et les fermes sont souvent des entreprises familiales qui peuvent mener à des tensions.

Selon l’association canadienne de sécurité agricole (Viens et Lebeau, 2011), la principale source de stress est la situation économique de la ferme. Selon une étude menée en 2006 (Lafleur et Allard), 51% des producteur.trice.s agricoles se trouvaient dans la catégorie de détresse psychologique élevée en comparaison à 20% de la population québécoise générale qui est à ce niveau. Les pensées suicidaires sont également plus élevées chez les producteur.trice.s (Lafleur et Allard, 2006). Cette situation est plus accrue chez les produteur.trice.s de porcs, notamment due à la perception du public quant à cette production (Lafleur et Allard, 2006).

Tous ces facteurs réunis rendent le métier d’agriculteur et d’agricultrice ardu et risqué pour la santé mentale. Les agronomes, en tant qu’intervenant.e.s fréquent.e.s sur les fermes, ont certainement un rôle à jouer dans la sensibilisation et la détection de signes chez leurs client.e.s, surtout dans des contextes d’isolement.

Depuis 2016, l’association québécoise de prévention du suicide (AQPS) en collaboration avec l’union des producteurs agricoles (UPA) offrent la formation sentinelle agricole qui vise à former des intervenant.e.s du milieu à détecter les signes de détresse psychologiques (AQPS, 2013). Certes, cette formation est utile pour les produteur.trice.s eux-même, mais elle est primordiale pour les agronomes puisque ceux-ci sont externes à la ferme et peuvent porter un regard objectif. Cette formation devrait être publicisée et fortement encouragée par l’ordre des agronomes dans le cadre de la formation continue obligatoire. Une autre ressource importante est l’organisme au cœur des familles agricoles (ACFA) qui œuvre pour la santé mentale en agriculture au Québec. Des travailleur.euse.s de rang sont notamment présent.e.s dans la région en support au producteur.trice.s.

Suite à la détection de signes de détresse psychologique, des ressources en santé mentale spécifiques au milieu

La maison de répit d’ACFA

agricole sont disponibles. Il est important pour les agronomes d’être à jour et de connaître les ressources disponibles. Au cœur des familles agricoles a notamment une maison de répit (Photo) qui a été ouverte en 2003 permettant aux producteur.trice.s de prendre du recul par rapport à leur situation. Des intervenant.e.s sont présent.e.s sur place afin d’offir un support (ACFA, 2016). D’autres ressources par région sont également disponibles.

Bien entendu, la sensibilisation à la santé mentale est primordiale pour toute la population. Une attention particulière devrait tout de même être mise sur le milieu agricole puisque plusieurs aspects liés à ce métier mettent les agriculteur.trice.s à risque. Les intervenant.e.s du milieu devraient être formé.e.s et sensibilisé.e.s afin d’être en mesure de faire de la prévention et d’être sensibles à leurs client.e.s.

 

Références

Association québécoise de prévention du suicide (AQPS). 2013. Agir en sentinelle pour la prévention du suicide – déclinaison agricole. AQPS, Québec. Qc. https://www.aqps.info/se-former/sentinelle-agricole.html (11 février 2019)

Au cœur des familles agricoles. 2016. Saint-Hyacinthe, Qc https://acfareseaux.qc.ca/sites/default/files/ACFApresentation.pdf (11 février 2019)

Lafleur, G. et M.-A. Allard. 2006. Enquête sur la santé psychologique des producteurs agricoles du Québec. La Coop fédérée. http://www.crise.ca/pdf/lafleur-rapport-coop-2006.pdf (11 février 2019)

Viens, C. et A. Lebeau. 2011. Les comportements des familles agricoles à l’égard de la gestion du stress et de la recherche d’aide. Au cœur des familles agricoles. Saint-Hyacinthe, Qc. https://acfareseaux.qc.ca/sites/default/files/ACFApresentation.pdf (11

One response to “La santé mentale en agriculture et le rôle des agronomes”

  1. myriamouardani says:

    Le texte est interpellant et fait preuve d’une belle sensibilité. La santé mentale des agriculteurs est un sujet qui mérite plus de visibilité et il devrait faire parti de la formation des agronomes de pouvoir donner les outils nécessaires aux producteurs lors de détresse mentale. Nous savons tous que l’agriculture est un domaine risqué, le texte en fait un très bon rappel et cela soulève de manière pertinente les conséquences de ces risques dont on ne parle pas assez : la santé mentale des producteurs. L’agronome devrait être le premier intervenant puisque, en tant que visiteur fréquent et impartial, il est le mieux placé pour avoir un regard critique et reconnaître les signes de détresse psychologiques chez un producteurs. Finalement, il aurait été intéressant que le texte confirme les agissements de l’OAQ par rapport à ce sujet, à savoir si l’ordre n’a jamais pris de position ou invoqué de projet concernant la santé mentale chez les producteurs.

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