L’émergence des tondeuses à quatre pattes

L’entretien chimique et mécanique des espaces verts est une pratique qui a été adoptée à l’unanimité par les régions urbaines et s’avère l’une des seules options disponibles pour la gestion de ces espaces. En effet, c’est presque la seule alternative puisque depuis peu, l’éco-pâturage est offert dans certaines régions de la France et des projets pilotes voient le jour, ici, à Montréal. L’éco-pâturage se définit comme l’entretien des espaces
verts par des herbivores en milieu urbain et périurbain (Bories et al., 2018). C’est en 2012 que le tout premier colloque national a été organisé en France par l’association « Entretien Nature & Territoire », un centre de ressources dédié à la pratique de l’éco-pâturage en France (ENT, s.d.). Depuis ce temps, les pratiques de pâturage en milieu urbain sont de plus en plus fréquentes et le nombre d’entreprises françaises proposant leurs services dans ce domaine augmente (Bories, 2018).

photo : pixabay

Les services écologiques rendus par l’éco-pâturage sont nombreux. Effectivement, il permet de préserver la biodiversité locale, tout en contribuant à la biodiversité urbaine. Il permet également de diminuer l’impact environnemental dû à l’entretien des espaces verts par réduction de l’utilisations d’intrants nocifs tel que les fertilisants chimiques et l’utilisation des combustibles fossiles dans les tracteurs (ENT, s.d.). Par exemple, une zone de conservation des habitats au Centre Wascana à Régina, a bénéficié des chèvres pour lutter contre l’espèce envahissante caragana, contribuant ainsi à réduire l’utilisation d’herbicides (Wascana Center, 2019).

Le premier projet d’éco-pâturage à Montréal n’a toutefois pas vu le jour sous cette même perspective. En 2016, dans Rosemont-La Petite-Patrie, huit moutons ont passé un mois dans un enclos à brouter l’herbe du parc Pélican. Les objectifs du projet touchaient principalement la pédagogie, l’amélioration de la qualité de vie du quartier et la sensibilisation des citoyens sur la présence des moutons (Cultive ta ville, 2018). C’est d’ailleurs un des aspects les plus significatif de l’éco-pâturage. Il permet la création d’un lieu d’échange agréable, atténue les discontinuités ville-campagne et sensibilise la communauté au rôle des herbivores, au-delà du simple broutage.

De plus, certains sites escarpés ou difficiles d’accès ne peuvent être entretenus par la machinerie conventionnelle. Des entreprises choisissent donc d’opter pour un entretien naturel de ces terrains par des herbivores pour, entre autres, limiter les coûts (Feugère P., 2014). Les auteurs ne s’entendent toutefois pas sur la rentabilité économique de l’éco-pâturage dans les conditions plus favorables à la machinerie. L’association « Entretien Nature & Territoire » affirme plutôt que « le but principal de l’éco-pâturage n’est pas la rentabilité économique, mais le maintien ou la restauration du milieu » (ENT, s.d.).

L’éco-pâturage permet l’émergence d’une nature « agricole » dans l’espace urbain, participant ainsi à l’éducation des plus et moins jeunes à travers une vitrine de sensibilisation ramenant à des enjeux essentiels tels que l’impact de notre consommation alimentaire, la gestion des matières résiduelles et la biodiversité urbaine. Le monde agricole, pour ceux et celles qui en sont issus, peut sembler normal, voire commun, tandis que pour le citadin moyen ce monde peut sembler mystique, voire inexistant. Créer un pont entre ces deux réalités est peut-être aussi un moyen d’encourager ou du moins d’intéresser les citadins à prendre conscience du processus « de la ferme à l’assiette ». L’éco-pâturage n’est pas une solution en soi, mais fait partie d’une vision plus large pour éventuellement obtenir l’auto-suffisance des grandes villes par l’introduction de l’agriculture.

Références

Bories, O. (2018). Ecopast : projet de recherche sur les pâturages en espaces naturels. Récupéré de https://reseau-agriville.com/ecopast-paturages-naturels-urbains/. (Accédé le 10 février 2019). Réseau-Agriville. Nantes, France.

Bories, O., Eychenne, C. et Chaynes, C. (2018). Des troupeaux dans la ville. Représentations et acceptations sociales d’une démarche d’écopâturage dans la première couronne toulousaine (Cugnaux). Openfield-Revue ouverte sur le paysage, 2016, Thématique animal – Rubrique essais recherches. Récupéré de https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01816702/document . (Accédé le 10 février 2019)

Cultive ta ville. (2018). Biquette à Montréal : de l’écopâturage à Montréal. Récupéré de https://cultivetaville.com/encyclopedie/portraits-mouvem-agriculture-urbaine/biquette-montreal-ecopaturage-montreal/. (Accédé le 10 février 2019). Cultive ta ville. Montréal, Canada.

Entretien nature et territoire, ENT. (s.d.). L’écopâturage. Récupéré de http://entretien-nature-territoire.fr/leco-pastoralisme/. (Accédé le 10 février 2019). Entretien nature et territoire. Laval, France.

Feugère, P. (2014). Le pastoralisme en milieu urbain : éléments de méthode. Récupéré de https://www.plante-et-cite.fr/data/fichiers_ressources/pdf_fiches/synthese/Synthese%20Pastoralisme.pdf. (Accédé le 10 février 2019). Plante & Cité. Angers, France.

Wascana Center. (2019). Goat Grazing. Récupéré de http://wascana.ca/nature-in-wascana/goat-grazing. (Accédé le 10 février 2019). Wascana Center. Regina, Canada.

 

2 responses to “L’émergence des tondeuses à quatre pattes”

  1. vincentdesaulniersbrousseau says:

    C’est un titre amusant et efficace qui permet au lecteur de deviner quel est le sujet de l’article. Une idée intéressante, mais peu populaire est mise de l’avant pour contrer le schisme entre la ville et la campagne. La dichotomie entre les méthodes conventionnelles et les pratiques écoresponsable et nouveau genres est bien présentée. Des acteurs dans le milieu de l’écopâturage sont mentionnés et il est clair que l’auteure a fait des recherches approfondies sur le sujet. La lutte contre les espèces envahissantes, les changements climatiques et les objectifs pédagogiques du projet sont clairement expliqués.

    L’enthousiasme de l’auteure est évident, permettant de deviner que les côtés négatifs de cette pratique ne sont peut-être pas mentionnés. Est-ce que certaines personnes se sont plaintes des odeurs ? L’émission de méthane par les ruminants n’est pas mentionnée. Il pourrait être intéressant de montrer un tableau montrant les besoins de l’entretien d’une parcelle de gazon de façon conventionnelle versus en écopâturage.

    Il est clair que c’est avec des passionnées de la pratique comme cet auteure que l’écopâturage continuera sa percée en Amérique ! Longue vie aux moutons !

  2. pierrelucmorin says:

    1. Titre : Drôle et attirant
    2. L’idée principale du texte est que l’éco-pâturage amène plusieurs points positifs dans le milieu urbain.
    3. La clarté des arguments ainsi que la suite logique du texte sont les points forts de ce texte. J’ai trouvé que la lecture se faisait très bien. C’est un excellent texte qui m’a certainement convaincu que nous devrions promouvoir l’éco-pâturage dans les milieux urbains.
    4. L’argument le plus convaincant de ce texte est selon moi le fait de pouvoir éduquer les gens de la ville par le biais de l’éco-pâturage pour « réduire » la distance qui sépare les producteurs des consommateurs.
    5- Le coût de l’éco-pâturage pourrait être ajouté à ce texte pour ainsi le comparer au coût d’entretien par la machinerie conventionnelle. De cette façon, le texte serait encore plus informatif que seulement dire que des auteurs d’un article cité ne s’entendent pas sur la rentabilité économique de l’éco-pâturage.

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