Peut-on récolter la maladie de Parkinson à travers nos légumes?

Plusieurs dénoncent l’application d’herbicides et de pesticides sur les aliments que nous consommons, mais qu’en est-il du danger pour nos agriculteurs québécois?

Depuis quelques années déjà, l’hypothèse que l’usage de pesticides pourrait entraîner la maladie dégénérative du Parkinson suscite l’intérêt de plus d’un chercheur pour en démontrer la certitude. Une étude française démontre que le risque de développer la maladie neurologique est plus grand pour les exploitants agricoles que le reste de la population, et que l’incidence du Parkinson serait augmentée dans les régions rurales des cantons Français, notamment où la viticulture sévit (Kab et al., 2018). Une autre récente étude rapporte les mêmes conclusions, tout en avançant de nouvelles évidences quant à une association entre le Parkinson et les fongicides dithiocarbamate, la roténone ainsi que les herbicides diquat et paraquat (Pouchieu et al., 2018). D’autres recherches sur le sujet ont été conduites au Québec, notamment par Francesca Cichetti, chercheuse en neurosciences au Centre de recherche du CHU de Québec. Elle conclut sa recherche en affirmant que les modèles d’animaux offrent peu d’informations sur ce qui se passe réellement dans la maladie du Parkinson, et tant qu’on ne comprendra pas la pathologie complète de la maladie, les modèles resteront difficiles à évaluer (Cichetti et al., 2009).

Il y a de cela une cinquantaine d’années, bien avant que les risques potentiels des pesticides soient évalués, certains agriculteurs ont manipulé à mains nus différents composés chimiques durant des décennies, inconscients du danger que ces produits représentaient. Maintenant, la maladie du Parkinson touche tout près de 25 000 Québécois (Blackburn, 2007), dont certains fermiers croyant fermement que les pesticides en sont la cause. En effet, puisque les effets de cette maladie (motricité restreinte, tremblements) arrivent souvent des années plus tard, les agriculteurs ont tendance à oublier d’être prudents. Cependant, le manèbe, un fongicide dithiocarbamate potentiellement relié à la maladie du Parkinson, fait partie du deuxième groupe de pesticide le plus vendu au Québec en 2002, avec 10,6% des ventes (Blackburn, 2007).

Depuis 2013, le Parkinson est reconnu comme une maladie professionnelle en France (Payelle, 2018). En reconnaissant une maladie comme étant professionnelle, les personnes atteintes peuvent recevoir des compensations financières sous certaines conditions. Qu’attend le Québec pour en faire autant? Bien que la province fait des efforts depuis 2018 pour encadrer certains pesticides dont l’atrazine et certains néonicotinoïdes, classifiés à haut risque pour la santé humaine et l’environnement, il y a encore beaucoup de travail à faire. Même si le Québec est prêt à limiter l’usage de certains pesticides, plusieurs agriculteurs sont contrariés par la perte de revenus qu’entraîne ces décisions. Comme l’a mentionné Francesca Cichetti, mieux comprendre la maladie aiderait davantage aux recherches. Étant la deuxième maladie neurodégénérative la plus courante après l’Alzheimer, un soutien financier incluant des subventions serait nécessaire des gouvernements. Il est d’ailleurs impératif que des régulations plus sévères s’ajoutent quant au maniement de ces produits.

Est-ce que les pratiquants du milieu agricole peuvent aussi s’aider? En effet, une attention particulière devrait être prise par les exploitants agricoles lors de l’application d’intrants dans les champs ou l’engagement de sous-traitants. De ce fait, il est d’ailleurs également important d’avertir les dépisteurs et d’être au courant du temps requis avant une nouvelle entrée au champ pour ces derniers. Finalement, les agronomes, ayant pour but de protéger le public, devront se contenter de prévenir les agriculteurs des possibles conséquences des pesticides, jusqu’au jour où un verdict plus clair sera rendu sur leurs effets néfastes.

Pesticides pulvérisés sur un champ de laitue Source: http://res.publicdomainfiles.com/pdf_view/0/13393612819686.jpg

Pesticides pulvérisés sur un champ de laitue
Source: http://res.publicdomainfiles.com/pdf_view/0/13393612819686.jpg

 

Références

Blackburn, D. 2007. HYPOTHÈSE D’UNE ÉTIOLOGIE ENVIRONNEMENTALE DE LA MALADIE DE PARKINSON : CONNAISSANCES ACTUELLES ET DONNÉES DISPONIBLES AU QUÉBEC. Maîtrise en environnement, Université de Sherbrooke, Sherbrooke, Québec.

Cicchetti F., J. Drouin‐Ouellet, and RE. Gross. 2009. Environmental toxins and Parkinson’s disease: what have we learned from pesticide‐induced animal models? Trends Pharmacol Sci 30: 475–483.

Kab, S., F. Moisan, J. Spinosi, L. Chaperon, et A. Elbaz. 2018. Incidence de la maladie de Parkinson chez les agriculteurs et en population générale en fonction des caractéristiques agricoles des cantons français. Bull Epidémiol Hebd. 8-9: 157-67

Payelle, A. 2018. Maladie de Parkinson : les pesticides menacent agriculteurs et riverains. Disponible au https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/maladie-de-parkinson-les-pesticides-menacent-agriculteurs-et-riverains_122936 (consulté le 10 février 2019). Sciences et avenir, France.

Pouchieu, C., C. Piel, C. Carles, A. Gruber, C. Helmer, S. Tual, E. Marcotullio, P. Lebailly, and I. Baldi. 2018. Pesticide use in agriculture and Parkinson’s disease in the AGRICAN cohort study. Int J Epidemiol 47(1):299–310.

2 responses to “Peut-on récolter la maladie de Parkinson à travers nos légumes?”

  1. virginiebernier says:

    1 – Astucieux et inquiétant.

    2 – L’exposition aux pesticides chimiques pourrait augmenter les risques de développer la maladie de Parkinson; c’est pourquoi la prévention est de mise lors de l’application au champ et le soutien financier du gouvernement québécois est essentiel pour mieux comprendre leurs rôles dans le développement de cette maladie dégénérative.

    3 – Le point fort du texte est selon moi la mention de plusieurs études récentes qui établissent des liens troublants entre l’utilisant de pesticides et l’incidence de la maladie de Parkinson. Ces mentions ajoutent beaucoup de crédibilité au texte.

    4 – Le fait que la maladie de Parkinson soit considérée comme une maladie professionnelle en France est probablement l’un des arguments les plus convaincants du texte. Cela démontre encore une fois que le gouvernement québécois tire de la patte en ce qui concerne la reconnaissance des risques reliés à l’utilisation des pesticides.

    5 – Puisque j’ai moi-même eu de la difficulté à identifier le “message d’ensemble” du texte, je crois que ça vaudrait la peine pour Véronique de clarifier ce qu’elle veut qu’on retienne précisément du texte car beaucoup de revendications sont mentionnées (plus de financement pour la recherche, plus d’encadrement des pesticides, plus de prévention au champ, etc.).

  2. camillepion says:

    1. Titre intriguant et révélateur
    2. Il y a encore beaucoup en ce qui a trait à la recherche sur les pesticides et le Parkinson ainsi que par rapport à la protection du « consommateur » et utilisation des pesticides.
    3. La comparaison entre l’étude conduite en France et celle réalisé ici, au Québec, est très intéressante. C’est, selon moi, un point fort qui permet de bien nuancer les points de vue.
    4. En ce qui me concerne, ce qui définit l’article, c’est le commentaire cité de la chercheure Cichetti. L’idée qu’elle apporte selon laquelle les connaissances sur le Parkinson ne sont pas entièrement suffisantes pour bien établir les liens entre l’utilisation des pesticides (et savoir lesquels spécifiquement) et l’apparition de la maladie neurodégénérative.
    5. Je pense que l’article aurait été d’autant plus pertinent si la structure avait été différente. Par exemple, j’aurais aimé qu’une présentation des pesticides qu’on présume responsable du Parkinson soit faite et que cette présentation soit suivie par les résultats des études. Enfin, l’aspect des compensations et autres solutions possibles auraient bien conclu l’article. Je pense aussi que cette structure se serait bien mariée au titre.

Leave a Reply

Blog authors are solely responsible for the content of the blogs listed in the directory. Neither the content of these blogs, nor the links to other web sites, are screened, approved, reviewed or endorsed by McGill University. The text and other material on these blogs are the opinion of the specific author and are not statements of advice, opinion, or information of McGill.