Immunocastration des porcs d’engraissement : ça passe ou ça casse?

Par Andréanne La Salle

La castration à froid des porcelets mâles dans leur première semaine de vie est une pratique courante dans la production porcine québécoise. Considérant les exigences grandissantes des consommateurs en termes de bien-être animal, des alternatives doivent être étudiées. L’immunocastration, approuvé au Canada depuis 2011 (Code de pratique, 2014), est l’une de ces alternatives.

Premièrement, précisons que le but de castrer les porcelets est d’éviter l’odeur et le goût désagréable dans la viande dus à des substances chimiques, soit l’androstérone et le scatol, s’accumulant dans la graisse des mâles qui atteignent la maturité sexuelle (Collin et Martin, 2010). Lors de la puberté, l’hypothalamus sécrète des quantités importantes d’une hormone nommée gonadolibérine, ou GnRH (Gonadotropin releasing hormone). Cette dernière est à la base d’une réaction en chaîne qui résultera par la sécrétion d’androstérone et de testostérone dans le sang. Le scatol, lui, est produit par les bactéries du gros intestin chez tous les porcs, mais la testostérone réduit la capacité du foie à le métaboliser et l’éliminer, causant une plus grande accumulation de ce dernier chez les mâles non-castrés (Collin et Martin, 2010).

L’immunocastration bloque temporairement le développement du système reproducteur masculin, mais n’implique aucune injection d’hormone, contrairement à ce que l’on pourrait croire. En fait, ce système agit plutôt comme un vaccin; on injecte au porc en croissance une dose d’antigène présentant un analogue inactif de GnRH, ce qui induit une réponse immunitaire. L’animal développera naturellement des anticorps qui viendront neutraliser le GnRH au fur et à mesure qu’il sera produit, l’empêchant donc de débuter la réaction en chaîne causant la maturité sexuelle (Collin et Martin, 2010). Deux injections doivent être effectuées, la première à partir de huit semaines d’âge et la seconde quatre à six semaines avant l’abatage. Plusieurs études montrent que cette méthode est efficace pour produire des animaux tout aussi performants en termes de conversions alimentaires et de qualité de viande, avec de faibles taux d’androstérone et de scatol, qu’en utilisant la méthode conventionnelle de castration (Skrlep et al, 2010 ; Tursktra et al, 2002). De plus, l’immunocastration élimine certains risques pour la santé causés par la castration conventionnelle, tel que le risque d’infection ou d’hernie scrotale, menant parfois à des morts pré-sevrage. Qu’attendons-nous alors pour changer nos méthodes?

Hernie scrotale menant à l’euthanasie du porcelet
Crédit: Andréanne La Salle

Évidement, rien n’est parfait. Parmi les désavantages de ce système, il y a un risque pour l’administrateur des vaccins, car les humains produisent du GnRH de façon similaire aux porcs. De plus, l’élevage de mâles non-castrés peut augmenter l’incidence de comportements agressifs jusqu’à l’administration du vaccin. Finalement, des erreurs peuvent se produire, par exemple, il n’est pas impossible d’oublier de vacciner un animal dans le troupeau. Des méthodes d’identification de viandes malodorantes doivent donc être misent en place dans les abattoirs, lesquels ne coopèrent pas toujours en ce sens (NFAAC). Bien que la castration conventionnelle reste de loin la méthode la plus utilisée au Québec, certaines compagnies s’intéressent à l’immunocastration, même s’il est très difficile de trouver des informations tel que le nombre de porcs aillant reçu ces vaccins, par exemple. Rien que pour le plaisir de se comparer, il est intéressant de constater qu’en Europe, au moins le tier des porcelets ne sont pas castrés. La Belgique et l’Espagne sont également des précurseurs dans l’utilisation de l’immunocastration (Chevillon, 2017). De plus, les porcelets castrés chirurgicalement sont en grande majorité sous anesthésie locale, alors qu’au Canada des analgésiques sont obligatoires mais ne servent qu’à atténuer la douleur postopératoire, ils n’ont donc pas d’impact sur la douleur lors de l’opération (Code de pratique, 2014).

Bref, si l’on souhaite satisfaire les exigences des consommateurs au niveau du bien-être animal, la castration à froid est l’une des premières pratiques à éliminer dans l’industrie porcine. En attendant que des méthodes permanentes comme le sexage du sperme ou la sélection génétique deviennent viables, l’immunocastration offre une solution qu’il serait temps d’exploiter davantage.

 

RÉFÉRENCES :

Chevillon P. 2017. Immunocastration. L’Institut technique de Recherche et de Développement de la filière porcine (IFIP). Accessible sur : https://www.ifip.asso.fr/fr/mots-cl%C3%A9s/immunocastration

Code de pratiques pour le soin et la manipulation des porcs. 2014. Conseil national pour les soins aux animaux d’élevage. Accessible sur : https://www.nfacc.ca/pdfs/codes/porcs_code_de_pratiques.pdf

Colin F. et S. Martin. 2010. Alternative à la castration chirurgicale du porcelet, vision globale et opportunités pour réduire la douleur animale. Bull. Acad. Vét. France, vol. 164, p.155-160. Accessible sur: http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/48082/AVF_2011_2_155.pdf?sequence=1

Gonyou H.W., Devillers N., Faucitano L., Friendship R., Pasma T., Widowski T.M., Ringgenberg N., Possberg F. 2012. Code de pratiques applicable aux soins et à la manipulation des porcs : revue des études scientifiques relatives aux questions prioritaires. Conseil national pour les soins aux animaux d’élevage. Accessible sur : https://www.nfacc.ca/resources/codes-of-practice/pig/Pig_Scientists_Committee_report_FR.pdf

Skrlep M., B. Segula, M. Zajec, M. Kastelic, S. Kosorok, G. Fazarinc, M. Candek-Potokar. 2010. Slov Vet Res, vol. 42(2), p.57-64. Accessible sur: http://citeseerx.ist.psu.edu/viewdoc/download?doi=10.1.1.660.9696&rep=rep1&type=pdf#page=24

Turkstra J.A., X.Y. Zeng, J.Th.M. van Diepen, A.W. Jongbloed, H.B. Oonk, D.F.M. van de Wiel, R.H. Meloen. 2002. Performance of male pigs immunized against GnRH is related to the time of onset of biological response. Journal of Animal Science, vol. 80, p.2953-2959. Accessible sur: file:///C:/Users/ddlas/Downloads/full.pdf

2 responses to “Immunocastration des porcs d’engraissement : ça passe ou ça casse?”

  1. vincentdesaulniersbrousseau says:

    Le titre est clair et simple, ce qui rend assez facile pour le lecteur de décider si c’est un article qui peut-être intéressant pour lui. Les producteurs porcins ont droit à une vulgarisation efficace d’une nouvelle technologie qui semble être prometteuse pour cette industrie. On peut comprendre que la pratique de la castration pourrait être plus humaine au Canada. La douleur animale ne semble pas être pris assez au sérieux peut-être ? L’article cible un problème actuel et important, soulignant le manque d’information à ce sujet.

    Il est assez marquant à quel point la castration dans l’industrie porcine ne semble pas représenté les tendances relatives au bien-être animal chez les consommateurs. Il est probable que beaucoup de consommateurs de porc ne savent pas que ces animaux sont castrés à froid pour ensuite être donnés des anesthésiques. Une information qui gagne à être diffusé largement pour des producteurs qui auraient des pratiques plus « humaines »

    C’est une publication intéressante qui pourrait être améliorée avec un schéma de l’action de l’immunocastration. Ceci permettrait d’alléger le texte et de mettre l’accent sur le bien-être animal. Aussi, certaines références sont absentes/mal traduites dans la liste de référence (ex. : NFAAC).

  2. arianeotislaperriere says:

    1- Intrigant, engageant

    2- L’immunocastration est tune alternative intéressante à la castration traditionnelle des porcs d’engraissement qui est appliquée avec succès ailleurs dans le monde et qui devrait être considérée afin d’améliorer le bien-être animalier au Québec.

    3- La comparaison entre les pratiques de castration au Québec avec celles de l’Europe est un point fort. En effet, cette tactique permet d’ouvrir les yeux des lecteurs quant au fait que la pratique de la castration traditionnelle est probablement dépassée au Québec.

    4- Le fait que des analgésiques soient utilisés après l’opération seulement au Canada vient chercher les cordes sensibles des défenseurs du bien-être animal.

    5- Je trouverais intéressant de connaître le nombre de porcelets euthanasiés au Canada par année à la suite d’une complication ou d’une maladie causée par la castration traditionnelle, car cela permettrait de connaître l’ampleur de l’impact mortel de cette pratique sur ces animaux au pays. Par la suite, des statistiques sur les décès liés aux méthodes de castration des porcs européens avant et après l’introduction de l’immunocastration permettrait de démontrer l’impact positif sur la santé porcine que l’auteure cherche à démontrer. Les paragraphes techniques sur les hormones et l’immunocastration pourraient être écourtés à cet effet.

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