La luzerne à faible teneur en lignine: les producteurs comme les vaches l’adorent!

 

Santé Canada a accepté officiellement les variétés de luzerne à faible teneur en lignine, qui ont été développées récemment (Health Canada, 2015). Plusieurs compagnies ont commencé à produire ces nouveaux produits, afin d’augmenter les rendements et la qualité de leur foin. La luzerne à faible teneur en lignine est principalement destinée à la nutrition des vaches laitières, afin d’augmenter la digestibilité du foin fait avec de la luzerne.

Grâce aux avancées génétiques faites dans les années précédentes ainsi que les nouvelles techniques de gestion des fermes, les vaches laitières sont demandées à produire une quantité de lait grandissante. Cette augmentation en production requiert que le métabolisme de ces animaux soit le plus efficace possible en terme d’utilisation de nourriture. Pour atteindre la digestibilité maximale et de s’assurer que tous les nutriments présents dans la ration sont utilisés, ils font que ceux-ci soient accessibles (Mertens, 2005).

La digestion des vaches

Les glucides, comme la cellulose et l’hemicellulose, sont très importants afin de procurer assez d’énergie pour le bon fonctionnement du métabolisme animal. Les microbes du rumen des vaches utilisent ces glucides et font de la fermentation pour produire des acides gras et des protéines (Mertens, 2005).Une fois absorbés, ces acides gras sont utilisés pour la synthèse du lait ou comme source d’énergie, encourageant la croissance. Dans les plantes, la cellulose et l’hemicellulose sont liées avec la lignine et ensemble, ces composantes forment la structure

des plantes et leur donne leur forme (Undersander et al., 2009). Cependant, la lignine ne peut pas être digérée par les animaux, et ainsi elle empêche les bactéries des ruminants de pouvoir accéder à la cellulose et à l’hemicellulose. (Drackley et al., 2001). En ayant moins de lignine, ces glucides seront alors plus disponibles pourla digestion.

Le métabolisme des plantes

Les légumineuses contiennent plus de lignine que les céréales ou les herbes, et les plantes plus matures contiennent plus de lignine, car celle-ci s’accumule au courant de leur croissance (Mertens et Martin, 2012). Ainsi, des variétés de luzernes ont été développées, avec une quantité réduite de lignine. Ces variétés permettent de laisser les plantes devenir plus mature, en ayant une meilleure qualité que les produits conventionnels (Undersander et al., 2009). Grâce à cet avantage donné par ces nouvelles variétés, les producteurs ont un plus grand lapse de temps pour récolter le foin, car il n’y aura pas une accumulation de lignine significative en peu de temps (Undersander et al., 2009).

Les manipulations génétiques

Afin de produire des semences pour la luzerne à faible teneur en lignine, des modifications génétiques ont eu lieu, et celles-ci consistent à retirer deux gènes sont responsables de la synthèse de la lignine (Undersander et al., 2009). Les deux gènes sont 3-O-méthyltransferase acide caféique ainsi que 3-O-méthyltransferase CoA caféoyl (Undersander et al., 2009). En retirant ces gènes, les réactions qui ont normalement lieu lors de la synthèse de la lignine sont inhibés (Undersander et al., 2009). Ces transformations génétiques sont essentielles afin de produire de la luzerne à faible teneur en lignine.

Certains producteurs ou consommateurs ne sont pas vendus à l’idée de ces nouvelles variétés, en raison des récentes craintes concernant les modifications génétiques des plantes. Une autre inquiétude que certains producteurs peuvent avoir est la différence de prix, mais en considérant la possibilité de revenus que ces variétés peuvent procurer, c’est tout de même une option avantageuse pour les producteurs. Que ce soit pour la nutrition de vaches laitières ou une plus grande période de récoltes de la plante, ces nouvelles variétés sont prometteuse pour l’avenir. Plusieurs compagnies en produisent déjà beaucoup, maintenant, il reste à savoir si l’industrie va plus valoriser ces variétés à la luzerne conventionnelle.

Références :

Drackley J.K., Overton T.R., Douglas G.N. 2001. Adaptions of Glucose and Long-Chain Fatty Acid Metabolism in Liver of Dairy Cows During the Periparturient Period. Journal of dairy Science, 84 : E100-E112.

Health Canada, Health Products and Food Branch, Food Directorate, Novel Food Section, 2015, Novel Food Information-Reduced Lignin Alfalfa KK179. https://www.canada.ca/en/health-canada/services/food-nutrition/genetically-modified-foods-other-novel-foods/approved-products/novel-food-information-reduced-lignin-alfalfa-kk179.html, Accessed February 10, 2019, Government of Canada, Health Canada, Ottawa

Mertens D.R. 2005. Rate and Extent of Digestion. Dijkstra J., Forbes J.M., France J. Quantitative Aspects of Ruminant Digestion and Metabolism, CAB International, Wallingford.

Mertens D.R., Martin N.D. 2012. Reinventing Alfalfa for Dairy Cattle and Novel Uses. U.S. Dairy Forage Research Center, Madison.

Undersander D., McCaslin M., Sheaffer C., Whalen D., Miller D., Putnam D., Orloff S. 2009. Low Lignin Alfalfa : Redifining the Yield/Quality Tradeoff.. University of California in Davis.

2 responses to “La luzerne à faible teneur en lignine: les producteurs comme les vaches l’adorent!”

  1. sandrinestpierrelepage says:

    1. Long mais efficace
    2. La luzerne à teneur faible en lignine est une nouvelle variété intéressante autant pour la digestion des ruminants que pour faciliter la gestion des plantes au champ pour les producteurs.
    3. Je pense que le point fort du texte est l’explication claire des impacts de la luzerne faible en lignine sur la digestion des ruminants et le métabolisme des plantes en plus de comment elle a été créée.
    4. Pour moi, l’information la plus frappante et intéressante est le fait de souligner la demande pour une meilleure performance des animaux qui pourrait être aidée en partie par cette nouvelle variété de luzerne et qui fait en sorte que les producteurs s’y intéressent.
    5. J’ajouterais de l’information sur la controverse par rapport à la modification génétique de la plante (avec la perception des producteurs biologiques par exemple) et l’autre méthode pour arriver à de la luzerne faible en lignine, c’est-à-dire par la sélection et les croisements plus conventionnels. Pour cela, je raccourcirais la section sur la digestion des vaches en disant que les microbes présents dans le rumen ont la capacité de les transformer en acides gras pour la synthèse du lait et comme source d’énergie sans tous les détails qui n’amènent pas plus à la compréhension selon moi. De plus, j’ajouterais une figure à la section sur le métabolisme des plantes pour mieux illustrer les propos.

  2. myriamouardani says:

    1-Le texte est très bien structuré et intéressant.

    2-Les nouvelles variétés de luzerne à faible teneur en lignine ont beaucoup d’avantages et l’industrie semble avoir toutes les raisons d’investir dans leur vente.

    3-Les différents aspects de l’utilisation de la luzerne à faible teneur en lignine sont bien amenés et expliqués, que ce soit par rapport à la digestion des vaches, le métabolisme des plantes ou les manipulations génétiques impliquées.

    4-La première phrase de la conclusion fait la synthèse des avantages de la luzerne et défend solidement le fait que la luzerne avec moins de lignine améliore les rendements des producteurs.

    5-Il aurait été cependant intéressant de savoir s’il y a une différence de prix entre la luzerne conventionnelle et celle à faible teneur en lignine.

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