Vers une bière 100% locale?

L’industrie brassicole du Québec connait un essor sans précédent alors que le nombre de microbrasseries a doublé en moins de six ans, passant de 105 à 218 entreprises (AMBQ, 2018). Pourtant, presqu’aucunes de ces bières dites artisanales pourraient être considérées 100% locales. Le houblon, ingrédient clé qui donne amertume et arômes au breuvage préféré des Québécois, provient presqu’uniquement de grands pays producteurs tels que les États-Unis ou l’Allemagne (Baril, 2018). Cette tendance pourrait toutefois se renverser avec de nouvelles houblonnières québécoises qui voient le jour depuis quelques années.

Issu de la même famille que le cannabis, le houblon commun (Humulus lupulus) est une plante vivace grimpante tout à fait compatible avec notre climat québécois. Implanté sous forme de rhizomes, le houblon s’enroule tout au long de la saison autour de son tuteur, généralement une corde de coco, pour atteindre une hauteur de quatre à six mètres (Bouffard, 2013). Seuls les plants femelles sont cultivés puisque la fécondation diminue les qualités brassicoles des cônes. La récolte, qui se fait généralement de la fin août à la mi-septembre selon le cultivar, doit être suivie le plus rapidement possible d’une période de séchage pour une meilleure conservation des arômes. Plus souvent qu’autrement le houblon sera mis en marché sous forme de granules dans un emballage sous-vide afin de répondre aux préférences des brasseurs (MAPAQ, 2018).

 

C’est l’importante pénurie de houblon de 2008-2009 qui a encouragé davantage de producteurs québécois à se lancer dans cette culture peu traditionnelle (Giguère, 2016). En 2018, près de cent tonnes métriques de cônes verts ont été récoltées à travers la province sur une superficie d’environ 50 à 60 hectares (Baril, 2018). Un regroupement d’une quinzaine de producteurs, Houblon Québec, s’est même formé afin de faciliter le partage de connaissances et d’équipements et de mieux commercialiser les récoltes. On peut déjà retrouver sur le marché plus d’une vingtaine de variétés de houblons du Québec différents, Cascade étant présentement la plus cultivée. Deux variétés indigènes, Drummond et Wickham, devraient d’ailleurs être disponibles sous peu et pourraient permettre au houblon québécois de se distinguer davantage face à ses compétiteurs étrangers (Duval, 2018). Somme toute, les producteurs peuvent espérer obtenir des rendements allant de 1350 à 2000 kg/ha, mais ils ont intérêt à avoir un bon flair car les variétés choisies devront rester populaires auprès des brasseurs pour plusieurs années, la durée de vie productive d’un plant de houblon pouvant aller jusqu’à trente ans (Bouffard, 2013).

 

Les défis restent de taille pour les producteurs de houblon québécois : les investissements nécessaires pour cette culture sont d’environ 40 000$/ha, et les plants ne deviendront productifs qu’après deux ou trois saisons (Tremblay, 2014). L’équipement spécialisé pour la production commerciale de houblon est presqu’impossible à trouver au pays, ce qui poussent plusieurs producteurs à faire venir de la machinerie usagée d’Europe comme de vieilles récolteuses. Les houblonnières ne sont pas à l’abris des organismes nuisibles non plus : le mildiou et les tétranyques à deux points doivent être surveillés de près pour éviter des pertes importantes de rendement (MAPAQ, 2018). Peu de produits antiparasitaires sont homologués pour le houblon au Canada, ce qui minimise les moyens de lutte possible. Néanmoins, avec la popularité grandissante des bières artisanales et l’intérêt des consommateurs pour l’achat local, l’avenir semble prometteur pour les producteurs québécois. Même si l’industrie du houblon n’en est qu’à ses balbutiements dans la province, il y a fort à parier qu’elle saura prendre sa place dans notre paysage agricole au courant des prochaines années.

 

RÉFÉRENCES :

 

Association des microbrasseries du Québec (AMBQ). 2018. Portrait de l’industrie brassicole au Québec. Disponible à partir de : http://www.ambq.ca/mod/file/ContentDoc/38af86134b65d0f10fe33d30dd76442e.pdf (accédé le 10 février 2019). Association des microbrasseries du Québec, QC.

 

Baril, H. 2018. La résurrection du houblon. Disponible à partir de : http://mi.lapresse.ca/screens/2b24aa8c-b9d5-4e43-9513-b09f31dedf60__7C___0.html (accédé le 10 février 2019). La Presse, Montréal, QC.

 

Bouffard, M. 2013. Brève introduction à la culture du houblon au Québec. Disponible à partir de : http://houblon.quebec/wp-content/uploads/2018/09/Intro_Culture_Houblon-par_M_Bouffard.pdf (accédé le 10 février 2019). Houblon Québec, Urgel, QC .

 

Duval, A. 2018. Houblon du Québec : passer de la bière de microbrasserie à la bière locale. Disponible à partir de : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1115363/houblon-quebecois-biere-microbrasserie-locale (accédé le 10 février 2019). Société Radio-Canada, Ottawa, Canada.

 

Giguère, M. 2016. L’aventure du houblon. Disponible à partir de : https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwitgO_aybLgAhXPtVkKHesyDd8QFjAAegQIChAC&url=https%3A%2F%2Fwww.laterre.ca%2Fwp-content%2Fplugins%2Fpage-flip%2Fdownload.php%3Fdownload_file%3DuazpFsv8NO2SHlC.pdf%26fileName%3DGrains%2520-%2520Octobre%25202016.pdf&usg=AOvVaw3LjAkEqszKj3hOou3T-uVZ (accédé le 10 février 2019). Les Producteurs de Grains du Québec, Longueuil, QC.

 

Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Pêcheries du Québec (MAPAQ). 2018. Culture du houblon en ville. Disponible à partir de : https://www.mapaq.gouv.qc.ca/SiteCollectionDocuments/Agricultureurbaine/AgricultureUrbaine_Houblon.pdf (accédé le 10 février 2019). MAPAQ, Québec, QC.

 

Tremblay, A. 2014. Du houblon à la machine. Disponible à partir de : https://ici.radio-canada.ca/tele/la-semaine-verte/2014-2015/segments/reportage/477/houblon-mecanisation-recolte (accédé le 10 février 2019). La Semaine Verte, Société Radio-Canada, Ottawa, Canada.

 

2 responses to “Vers une bière 100% locale?”

  1. hanxuexiang says:

    1- new, efficient
    2- true 100% made in Quebec beer will be available in the soon future
    3-Followed by logical timeline, everything was well-explained, from the crop of importance in beer production that was not made in Quebec that to today, Quebec is working on doing it itself. All important events were recorded.
    4-The most compelling part is the difficulties that local producer are facing and the appearance of new Quebec local types of hops. Also, the fact that since Canada still in a very early trail stage of hop industry, there is only the minimum of pest control.
    5-More reasons or advantages of producing hops by Quebec itself can be mentioned

  2. baobui says:

    1. Intriguing, hopeful
    2. The increase in hops culture in Quebec may lead to fully locally produced beer.
    3. The strongest aspect of the blog post is the fact that is present both the challenges and opportunities for the growth in cultivating hops in Quebec. Addressing both the positive and negative of the current context allows the reader to gain more perspective. In doing so, the blog post analyzes what is driving and slowing down growth.
    4. The most compelling argument in the blog post is the inclusion of various statistics demonstrating the big increase in hops culture. I was unaware that hops culture was becoming significant in Quebec and was therefore, skeptical when first reading the blog post. Including verified numbers and facts was very convincing.
    5. Blog post is very well paced and organized, but it could be interesting to include subtitles to introduce some paragraphs such as in a newspaper article. Subtitles aid in understanding the direction the blog post is going. For example, the last paragraph could be subtitled by referencing the content like ‘Challenges to growth and a hopeful future’ though I’m sure the writer can think of a better one

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