Un nouvel envahisseur vorace

Depuis quelques années, un nouvel insecte envahisseur problématique a fait son apparition dans le sud du Québec. Le scarabée japonais, un petit insecte vert métallique à l’appétit grandissant, est maintenant classé comme espèce envahissante au Canada  (ACIA, 2017). Selon la dernière mise à jour de l’Agence canadienne d’inspection des aliments en 2016, le Québec, avec le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Ontario et l’Île-du-Prince-Édouard, est dans la troisième catégorie réglementaire d’infestation définie comme étant une zone partiellement ou généralement infestée (ACIA, 2016).

Introduit du Japon en Amérique du Nord pour la première fois en 1916 aux États-Unis, il a par la suite été observé au Canada dans la voiture d’un touriste en Nouvelle-Écosse en 1939. Cette même année, des scarabées adultes furent détectés à Lacolle au sud du Québec.

L’adulte et la larve de cette espèce exotique sont polyphages, c’est-à-dire qu’ils se nourrissent de plusieurs plantes, plus de 300 (Potter and Held, 2002). Alors que les larves causent principalement des dommages aux pelouses, le scarabée adulte se nourrit préférentiellement des feuilles, et parfois même des fruits, des bourgeons et des boutons floraux, des pommiers, des cerisiers, de la vigne, des rosiers et des érables (Légaré et al., 2015). Il s’attaque aussi à d’autres plantes telles le soya, la luzerne ou encore le maïs (MFFP, 2018). Comme l’espèce aime le temps chaud, sa distribution serait pour le moment limitée par les températures du sol. La frontière entre le Québec et les États-Unis semble être pour le moment sa limite nordique, mais avec le réchauffement climatique, les scarabées risquent de s’établir avec de plus en plus de succès sur un territoire de plus en plus grand (MFFP, 2018).

Les dommages des scarabées japonais sur les plantes sont caractérisés par une défoliation ne laissant que les nervures et veines des feuilles. Ces feuilles à l’allure squelettiques classent cet insecte dans la catégorie des ravageurs squelettineux. Les pertes de plantes cultivables, et ainsi économiques, engendrées par cet envahisseur vorace peuvent donc être considérables d’autant plus que peu méthodes de contrôle s’avèrent efficaces (Giroux-Quesnel, 2013).

En effet, quoi qu’il existe plusieurs moyens de lutte contre les larves de scarabées japonais comme le travail de sol, certaines espèces de nématodes ou bien des pesticides chimiques (RAP, 2017), la lutte au scarabées adultes pose problème. À ce jour, peu d’insecticides sont réellement efficaces pour contrôler cet envahisseur dans les cultures au Québec (Giroux-Quesnel, 2013). La principale façon de limiter ses dégâts est par la capture massive. Ainsi, des pièges avec une phéromone et un appât floral disposés tout à l’entour d’une parcelle infectée se sont avérés efficace dans les vignobles et dans les bleuetières (Dubé, 2011; Pinero and Dudenhoeffer, 2018). Toutefois, ces pièges pourraient aussi avoir l’effet contraire et attirer les scarabées à l’intérieur des champs (MFFP, 2018).  L’autre stratégie de lutte utilisée par les vignobles québécois qui s’avère efficace est le filet d’exclusion. Toutefois, il est évident que cette alternative ne peut pas être appliquée à toutes les cultures affectées par le scarabée japonais.

En 2017, la mouche tachinide, un parasitoïde qui pond ses œufs sur le thorax du scarabée aurait été observée pour la première fois au Québec. Des études sont présentement en cours pour évaluer les populations et le taux de parasitisme de ce qui pourrait peut-être devenir un nouveau moyen de lutte biologique (Gagnon, 2018).

Devant l’étendue de cette problématique et la rapidité à laquelle elle se développe, il est évident qu’une action concrète de la part de tous les acteurs du secteur agricole devra être entamée afin de limiter les dégâts.

Il est d’ailleurs à noter qu’en vue des changements climatiques qui nous guettent, la situation du scarabée japonais n’est probablement qu’un avant-goût des nouveaux ravageurs qui verront leur aire de distribution augmentée par les températures plus clémentes au Québec.

Références 

ACIA. 2016. Appendice 1 : Statut réglementaire des régions du Canada et des États-Unis par rapport au scarabée japonais (Popillia japonica). Agence canadienne d’inspection des aliments du Canada. Disponible depuis : http://www.inspection.gc.ca/vegetaux/phytoravageurs-especes-envahissantes/directives/horticulture/d-96-15/appendice-1/fra/1346826626609/1346826990603(accédé le 11 février 2019)

ACIA. 2017. Popillia Japonica (Scarabée japonais) – Fiche de renseignements. Agence canadienne d’inspection des aliments du Canada. Disponible depuis : http://www.inspection.gc.ca/vegetaux/phytoravageurs-especes-envahissantes/insectes /scarabee-japonais/fiche-de-renseignements/fra/1328165101975/1328165185309 (accédé le 11 février 2019)

Dubé, G. 2011. Lutte contre les scarabées. Des leçons tirées des vignobles québécois. Culturinnov. Disponible depuis : http://culturinnov.qc.ca/sites/culturinnov.qc.ca/files/fichiers-attaches/gaelle_dube_-_presentation-scarabee.pdf (accédé le 11 février 2019)

Gagnon, M. 2018. Projet d’échantillonnage de Istocheta aldrichi, un nouveau parasitoïde du scarabée japonais au Québec. ResearchGate. Disponible depuis : https://www.researchgate.net/project/Projet-dechantillonnage-de-Istocheta-aldrichi-un-nouveau-parasitoide-du-scarabee-japonais-au-Quebec (accédé le 11 février 2019)

Giroux-Quesnel, F. 2013. Élaboration d’une stratégie de lutte contre le scarabée japonais Popullia japonica (Newman) (coleptera : scarabaeidae) en pépinières. Mémoire de maîtrise. Université du Québec. Disponible depuis : http://espace.inrs.ca/1991/1/Giroux-Quesnel%2C%20Fran%C3%A7ois-PDF-2.pdf (accédé le 11 février 2019)

MFFP. 2018. Scarabée japonais (Popillia japonica). Ministère de Forêts, de la Faune et de Parcs. Gouvernement du Québec. Disponible depuis : https://mffp.gouv.qc.ca/la-faune/especes/envahissantes/scarabee-japonais/(accédé le 11 février 2019)

Légaré. J-P., J. Moisan-De Serres et K. Bourdon. 2015. Les vers blancs. Laboratoire de diagnostic en phytoprotection. Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Disponible depuis : https://www.agrireseau.net/documents/Document_90617.pdf (accédé le 11 février 2019)

Pinero., J.C. and A.P. Dudenhoeffer. 2018. Mass trapping designs for organic control of the Japanese beetle, Popillia japonica (Coleoptera: Scarabaeidae). Pest Management Science. 74(7)

Potter DA & Held DW (2002) Biology and management of the Japanese beetle. Annu. Rev. Entomo/. 47:175-205.

2 responses to “Un nouvel envahisseur vorace”

  1. thomasgiguere says:

    1-Pertinent et alarmant

    2-L’apparition de nouvelles espèces d’insectes ravageurs, telles que le scarabée japonais, est une problématique grandissante au Québec, nécessitant l’attention particulière de la part de tous les acteurs du secteur agricoles.

    3-Un point fort de cet article est sa structure. L’information est présentée clairement avec suffisamment de détails pour que le lecteur puisse acquérir une compréhension globale de la situation. De plus, les paragraphes s’enchaînent de manière raisonnée, ce qui permet une lecture facile ainsi que captivante.

    4-Le fait que très peu de moyens de contrôle efficaces contre les scarabées adultes soient actuellement disponibles démontre à quel point la situation est alarmante et nécessite une attention plus prononcée. Il est encore plus surprenant d’apprendre que leur contrôle se limite présentement à la capture massive, ce qui représente une charge de travail supplémentaire considérable pour les producteurs.

    5-Il pourrait être intéressant d’ajouter, si possible, des chiffres ou bien des statistiques concernant les pertes associées aux dommages causées par le scarabée japonais. Cela pourrait venir appuyer ainsi que renforcer l’effet de certains arguments énoncés.

  2. arianeotislaperriere says:

    1- Efficace, neutre.

    2- La menace des scarabées japonais au niveau de nos récoltes québécoises nous guette en raison des changements climatiques et nous donc devons bâtir des plans de phytoprotection efficaces dans les plus brefs délais.

    3- L’aspect le plus fort de cet article est l’explication des méthodes de protection et de leur efficacité limitée, car c’est cette section qui nous sensibilise sur la nécessité de prendre action au sujet de la menace de l’insecte au Québec.

    4- Je trouve intéressant la possibilité et l’engouement de la recherche envers le fait d’insérer la mouche tachinide, un parasite du scarabée japonais, dans l’écosystème québécois en guise de méthode de phytoprotection.

    5-Je trouverais pertinent de connaître l’impact en chiffres de cet insecte, afin de pouvoir, en tant que lectrice, avoir une image claire de son potentiel destructeur. Par exemple, on pourrait connaitre la quantité de feuillage consommée par insecte par jour et une estimation de la population actuelle. Ceci pourrait être inséré dans le paragraphe où l’on discute des impacts au niveau des plans et des limites géographiques de la population, ou encore dans un tableau auquel on ferait référence dans cette partie du texte.

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