Un verre de lait, c’est bien, mais deux, ce n’est pas nécessairement mieux

 

By Ariane Otis-Laperrière, student in Bioresource Engineering, Macdonald Campus, McGill

 

« Savourez une variété d’aliments sains tous les jours » («Guide alimentaire canadien», 2019), c’est le message du nouveau guide alimentaire canadien parut ce 22 janvier dernier et marquant une volte-face dans la façon d’interpréter notre alimentation au Canada. En revanche, ce guide innovateur n’est pas perçu du même œil par les Producteurs laitiers du Canada (PLC), dont la catégorie a été diluée dans celle, plus large, des aliments protéinés.

 

Ian Mosby, historien de l’alimentation, nous explique l’évolution empreinte de controverses du guide alimentaire canadien. La version de 1944 fait la promotion des producteurs agricoles canadiens via ses recommandations alimentaires à un point tel que si les canadiens avaient tous respectés le guide, une augmentation de 25% de la consommation en lait se serait produite. La démonstration de l’influence du lobby des producteurs agricoles canadiens s’accentue au cours de la modification de la version finale du guide alimentaire de 1992, dans laquelle la quantité quotidienne recommandée de produits laitiers est augmentée à la demande du Bureau laitier du Canada. Par ailleurs, le Comité consultatif du Guide alimentaire nommé par Santé Canada comporte alors 4 membres sur 12 issus de l’industrie alimentaire (McEvoy, 2019). À l’occasion de la nouvelle version de 2019, il était donc de mise de mettre fin à cette tendance de conflits d’intérêts entre l’industrie alimentaire canadienne et la santé des citoyens canadiens.

À la lumière du nouvel accès des producteurs étrangers au marché alimentaire canadien et à l’annonce de la suppression de la catégorie des produits laitiers dans le guide, les Producteurs laitiers du Canada (PLC) déclarent que «Non seulement cette révision [du guide alimentaire] pourrait-elle compromettre la santé des générations futures en les amenant à penser faussement que les produits laitiers sont mauvais pour la santé, mais elle aura aussi un effet sur un secteur qui continue d’être affecté par les concessions accordées dans les récents accords commerciaux» («Controverse autour du nouveau Guide alimentaire», 2019). D’abord, une telle déclaration démontre l’intention d’implication du secteur laitier dans la santé des québécois pour des intérêts économiques, tel que par le passé. Or, c’est exactement ce que le Comité permanent de la santé a voulu éviter cette fois en annulant les rencontres avec des représentants des PLC (Desrochers, 2019). En ce qui a trait à la consommation canadienne des produits laitiers, celle-ci a augmentée de 11,48 à 13,79 kg par habitant entre 1998 et 2017, selon Statistique Canada («Consommation de produits laitiers par habitant», 2019), ce qui représente une augmentation de 20% par rapport à 1998. Aussi, des études comme celles menées par le Centre de recherche et d’information nutritionnelles (CERIN) en Europe démontrent les bien faits au niveau de la santé, notamment osseuse, que peut apporter la consommation de produits laitiers («Produits laitiers, ostéoporose et santé osseuse… vers un consensus scientifique», 2015). Malgré le fait que les produits laitiers soient maintenant combinés avec d’autres produits d’origine végétale, ils détiennent encore un support au niveau de la tendance de consommation canadienne et de la part de la communauté scientifique.

D’autre part, Santé Canada a voulu considérer les variations alimentaires selon les groupes ethniques au pays. Par exemple, il était conseillé dans le guide précédent aux Premières Nations, Inuit et Métis de consommer poisson avec arêtes, crustacés, noix, et haricots secs en guise de remplacement au lait, aliment non-traditionnel dans leur nutrition («Bien manger avec le Guide alimentaire canadien Premières Nations, Inuit et Métis – Canada.ca», 2010). Force est de constater que ces aliments faisaient parties de trois catégories alimentaires différentes dans l’ancien guide et sont maintenant combinés en tant qu’aliments protéinés. La nouvelle édition du guide démontre ainsi sa polyvalence quant aux possibilités de prise de décision éclairées au sujet d’une alimentation équilibrée, peu importe la diète.

Ainsi, la suppression de la catégorie des produits laitiers au sein du nouveau guide alimentaire canadien se justifie par le besoin d’indépendance de ce dernier face à l’industrie et par le besoin de polyvalence alimentaire pour toute la population canadienne.

 

Références

 

Bien manger avec le Guide alimentaire canadien Premières Nations, Inuit et Métis – Canada.ca. (2010). Consulté à https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/aliments-nutrition/rapports-publications/bien-manger-guide-alimentaire-canadien-premieres-nations-inuit-metis.html

 

CERIN. (2015). Produits laitiers, ostéoporose et santé osseuse… vers un consensus scientifique [Ebook]. Consulté à http://milk.kadanza.com/fileadmin/events/downloads/march_2015_congress_milan/DP_VD.pdf

 

Controverse autour du nouveau Guide alimentaire. (2019). Consulté à https://www.tvanouvelles.ca/2019/01/05/controverse-autour-du-nouveau-guide-alimentaire

 

Desrochers, A. (2019). Guide alimentaire : exit l’arc-en-ciel, bonjour la mosaïque!. Consulté à https://www.laterre.ca/actualites/alimentation/guide-alimentaire-exit-larc-en-ciel-bonjour-la-mosaique

 

Gouvernement du Canada. (2019). Consommation de produits laitiers par habitant [Ebook] (1ère ed.). Consulté à http://www.dairyinfo.gc.ca/index_f.php?s1=dff-fcil&s2=cons&s3=conscdn

 

Guide alimentaire canadien. (2019). Consulté à https://guide-alimentaire.canada.ca/fr/

 

McEvoy, J. (2019). Guide alimentaire canadien : petite histoire d’un document controversé. Consulté à https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1148155/guide-regles-alimentaires-sante-canada-1942-huit-versions

 

Photo tirée de : https://www.google.com/search?hl=EN&biw=1536&bih=706&tbs=sur%3Afm&tbm=isch&sa=1&ei=Q_9hXKfkLrHZjgSAtK_YBw&q=lait&oq=lait&gs_l=img.3..0l10.19845.20139..20590…0.0..1.290.830.0j2j2……1….1..gws-wiz-img…….35i39.sKjcFgKsT4U#imgrc=sEYr_H77HG_4LM:

2 responses to “Un verre de lait, c’est bien, mais deux, ce n’est pas nécessairement mieux”

  1. audreylosierbedard says:

    1- Intéressant, revendicateur
    2- La diversité et l’objectivité du nouveau guide alimentaire canadien ne semblent pas faire l’unanimité de l’industrie laitière canadienne.
    3- Un point fort de ce texte est l’utilisation de plusieurs articles de références (5+) pour appuyer les différents arguments.
    4- L’argument le plus frappant est que le guide alimentaire canadien de 1992 ait été modifié suite à la demande du Bureau laitier canadien. Je savais que les guides précédents encourageaient la population à consommer des produits laitiers, mais je croyais que c’était pour des raisons médicales (calcium) et non par pression du secteur laitier. Très intéressant!
    5- À certains endroits dans le texte, « les producteurs agricoles canadiens » et « les producteurs laitiers canadiens » semblent être utilisés comme s’ils étaient interchangeables et ça porte à confusion. Je crois que le texte serait plus clair si le type de production était mentionné plutôt que d’utiliser le terme plus large « les producteurs agricoles canadiens ». De plus, l’ajout du titre complet de l’article de référence, dans le texte, fait perdre le fil. Il serait plus approprié de mettre le titre de l’auteur et l’année plutôt que le titre de l’article de référence dans le texte.

  2. kairockafield says:

    1 – clever, unfitting

    2 – The new Canadian food guide may aversely affect future dairy consumption.

    3 – I liked that the article provided a short history of how the food guide had been connected to industry in the past. The bolded hook/abstract at the beginning also did a great job of interesting a reader to read the article.

    4 – The only compelling piece of evidence in this article is that in 1944 the Canadian dairy producers influenced the food guide to suggest a 25% increase in dairy consumption. I will speak in class to Ariane about why I find many of the other pieces to be less compelling, because it would be a lot to write up here.

    5 – The conclusion of the article seems to indicate that the author was trying to make a case for dairy not to be included in the new food guide. However, the rest of the article does not seem to be arguing for this, but merely informing about a current event (and laying out some arguments for both positions). Therefore the conclusion does not seem to fit with the rest of the article.

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