PIFL : Une compensation qui laisse amère!

Ouverture du marché laitier canadien

Suite à l’Accord Économique et Commercial Global (AECG) entre le Canada et l’Union Européenne, des concessions ont été accordées quant à l’accessibilité du marché laitier canadien. Le Canada a consenti à augmenter ses importations de fromage sans tarif douanier pour une quantité supplémentaire de 18,500 tonnes annuellement d’ici 2022. Cela représente une perte de quota de 2,25% pour chaque producteur laitier canadien ou une réduction des revenues  de $150 M par ans pour l’ensemble de l’industrie (Les Producteurs Laitiers du Canada 2016). Rappelons-nous que le secteur laitier canadien opère sous un système de gestion de l’offre où les producteurs doivent s’adapter à la demande canadienne pour éviter les surplus et ainsi recevoir un prix plus constant. Par contre, ce système nécessite un contrôle strict des importations de produits laitiers. Malheureusement, ce pilier de la gestion de l’offre commence à être en piètre état suite aux multiples concessions octroyées lors des dernières ententes commerciales (CPTPP, CETA and USMCA). Par contre, pour réduire les impacts négatifs sur l’industrie laitière, le gouvernement fédéral s’est engagé à compenser les producteurs de lait canadien.

La traite robotisée est un exemple d’équipement subventionné par le PIFL.

Cette aide a pris la forme d’un Programme d’investissement pour ferme laitière (PIFL) qui avait pour but d’améliorer la productivité par la mise à niveau des équipements de fermes. Selon notre gouvernement fédéral, les producteurs laitiers canadiens pourront ainsi s’adapter plus facilement aux répercussions de l’AECG. Wow! Est-ce vraiment la meilleure solution qu’ils ont pu trouver?

Nous parlons ici de perte de marché réel. D’une quantité de lait qui ne peut plus être produite à cause qu’il y a plus de produits laitiers de l’étranger sur nos tablettes d’épicerie. Suis-je le seul à avoir de la difficulté à percevoir un lien logique entre pouvoir bénéficier d’équipement à rabais pour devenir plus productif et le fait de devoir produire moins de lait?

Le PIFL : en résumé

Le PIFL est un programme de compensation de $250 M sur une période de 5 ans (2017 à 2022) qui se déroule en deux phases. Durant la phase 1, les producteurs voulant investir dans des équipements modernes pouvaient recevoir une subvention de 50% des coûts allant jusqu’à concurrence de 250,000$ (AAC 2018). Après seulement 8 jours, le gouvernement a dû devancer la fin de la période de demande de subvention puisqu’il en avait reçu déjà 2500. Sur ce nombre, seulement 1900 demandes ont été acceptées ce qui totalise un montant total de $129 M (Mercier 2018). Ainsi, plusieurs producteurs n’ont même pas eu la chance de déposer une demande et d’autres ont été refusés. Cela témoigne d’un programme inéquitable qui n’est pas adapté à compenser les producteurs laitiers en entier.

Un autre phénomène qui a été observé lors de la phase 1 est la hausse fulgurante des prix des équipements agricoles. Des pièces justificatives dont les soumissions d’équipement devaient être fournies dans les demandes de subvention. Ainsi, les vendeurs d’équipements agricoles ont eu une forte demande en peu de temps ce qui leur a permis d’augmenter leur prix et par le fait même de bénéficier indirectement du PIFL.

En décembre 2018, nous apprenions la mise en branle de la deuxième phase du PIFL avec un budget restant de $98 M. Ainsi, pour augmenter la grogne des producteurs, le gouvernement nous apprenait que $23 M avait été dépensés pour les frais d’administration à la phase 1 (Quirion 2017) soit 15% du montant dépensé lors de la phase 1.

Alors, la question se pose. Qui a réellement profité de ce programme?

En conclusion, le PIFL s’avère être une compensation inéquitable entre les producteurs laitiers canadiens car on estime qu’avec les deux phases, seulement 3,400 fermes laitières recevront une aide financière sur un total de 11,000 (Mercier 2018). De plus, investir dans un bâtiment ou équipement neuve ne permettra pas d’atténuer les impacts de la perte de marché puisque le programme d’aide incite à augmenter la productivité des fermes alors que les concessions faites forceront les producteurs laitiers canadiens à produire moins.

 

Référence:

Agriculture et Agroalimentaire Canada. 2018. Programme d’investissement pour fermes laitières. Phase 2. Guide du demandeur. http://www.agr.gc.ca/fra/programmes-et-services/programme-d-investissementpour-fermes-laitieres (accédé le 13 février 2019)

Les Producteurs  Laitiers du Canada. 2016. ‟Putting Canadian Dairy First”. https://www.dairyfarmers.ca/content/download/…/DFC-CETA-Handout_EN_2-1.pdf (accédé le 13 février 2019)

Mercier, J. 2018. PIFL: l’heure est au bilan. La Terre de Chez Nous. https://www.laterre.ca/actualites/politique/pifl-lheure-bilan (accédé le 13 février 2019)

Mercier, J. 2018. Ottawa lance la seconde phase du PIFL. La Terre de Chez Nous. https://www.laterre.ca/actualites/economie/ottawa-lance-seconde-phase-pifl (accédé le 13 février 2019)

Quirion, C. 2017. La deuxième phase du Programme d’investissement pour les fermes laitières sera la dernière. Agricom. Volume 35. Numéro 07. http://journalagricom.ca/la-deuxieme-phase-du-programme-dinvestissement-pour-les-fermes-laitieres-sera-la-derniere/ (accédé le 13 février 2019)

Image :

Lely Astronaut milk robot. 2010. Wikimedia commons. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Melkrobot2.JPG

 

2 responses to “PIFL : Une compensation qui laisse amère!”

  1. veroniquebeaudin says:

    1.Fort et percutant sont deux adjectifs qui décrivent bien le titre de l’article.

    2.L’auteur de l’article avance que les décisions du gouvernement ne prennent pas toujours en compte les véritables intérêts des acteurs reliés à l’enjeu, et que pour satisfaire les partis perdants, les compensations mises en place ne sont pas toujours optimales.

    3.L’aspect le plus fort de l’article est sa structure. L’article est séparé en plusieurs paragraphes selon un ordre pertinent: on a droit à une histoire complète avec un début et une fin.

    4.La statistique que seulement 3400 fermes sur 11 000 bénéficieront d’une compensation démontre fortement l’iniquité de cette dernière.

    5.Une suggestion pour améliorer le texte serait de définir PIFL plus tôt dans l’article. Le mot se retrouve plusieurs fois avant qu’une véritable définition soit donnée, et pour ceux qui sont moins familiers avec la production laitière, je crois qu’il serait judicieux de donner l’information aux lecteurs au début du texte. Pour rendre le texte plus fort encore, il serait pertinent de passer quelques minutes afin de détecter quelques fautes de conjugaison pour que ce soit plus attrayant pour le lecteur.

  2. iliestazi says:

    1.Engagent et Claire

    2.Le gouvernement fédéral canadien néglige ces producteur laitier et leur intérêt.

    3.L’utilisation de chiffre approprier soulignant parfaitement le problème aborder es l’aspect le plus efficace de ce post.

    4.L’argument le plus prévalant à mon avis, es le fait que sur 11 000 ferme laitière seulement 3400 on bénéficier d’une compensation même pas approprier a l’atteinte sur le marcher que l’AECG a eu.

    5. A mon avis le paragraphe juste après « est-ce la meilleure solution qu’ils ont pu trouver ? » et avant le résumer sur le PIFL aurais plus d’impact dans la conclusion et serais une bonne manière de souligner l’irrationalité du PIFL en plus de son inefficacité.
    Les photos pourraient aussi avoir un descriptif (peut être un crédit)
    Des chiffres sur le prix des équipements aurais pus supporter l’argumentaire de manière efficace aussi.

    Ilies

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