Qu’en est-il du français à McGill? Un aperçu.

Le drapeau français avant qu’il soit remplacé par la Tricolore après la Révolution. D’éventuelles ressemblances au drapeau du Québec sont entièrement fortuites.
Source: rgbstock.com

Je m’étais, alors que je commençai à écrire pour ce blog, promis d’écrire un “post” sur deux en français. Cette ambition se fondait sur une double motivation: d’abord, celle de faire justice à une audience forcément diverse, souvent bilingue, et en partie francophone. Ensuite, je souhaitais renouer avec la rédaction du français, qui s’est faite rare au cours d’années passées à poursuivre des études en anglais.

Malheureusement, la deuxième motivation a rapidement eu raison de la première, et pas dans le sens désiré: dur de se forcer à écrire en français alors que l’on passe ses journées à lire et à rédiger en anglais. Mon ambition s’est donc bien vite estompée, et mes “posts” ont, jusqu’à ce jour, tous été en anglais. Mais il n’est jamais trop tard! – d’autant plus que Guillaume vient de publier son premier post en français, ce qui m’a encouragé à renouer avec mon ancienne promesse. Mais le français – parlons-en, justement. Qu’en est-il du français à McGill? Est-il pratiqué? Quelle est sa place, de droit et d’usage? Questions linguistiques, questions culturelles, questions politiques même (ou surtout!?) – ci-dessous, un aperçu, forcément personnel.

McGill est, au premier abord, une institution anglophone. Fondée sur la base des dons d’un marchand écossais, James McGill, l’université dispense des cours en anglais à des étudiants majoritairement anglophones: 50% des étudiants nomment l’anglais comme langue maternelle, contre 18% pour le français (voir ici), et parmi les 32% qui ont une tierce attache linguistique, la majorité a plus de facilité en anglais. La langue première de travail et de communication est, de fait, l’anglais; et, force de l’habitude, il m’arrive très régulièrement de m’échanger en anglais même avec d’autres francophones. Plus généralement, McGill se conçoit (et est conçue) plus comme membre d’un réseau d’universités de recherches nord-américaines que comme un établissement québécois. De fait, McGill fait, comme seul établissement Canadien avec l’Université de Toronto, parti de l’Association des universités américaines.

McGill ne renie pas pour autant ses racines québécoises: la version anglaise du film promotionnel “McGill in 80 seconds” se termine par “This University is right here… chez nous.” Néanmoins, comme mes ami(e)s non-francophones qui ont rejoint McGill (et Montréal) dans l’espoir annexe d’apprendre le français ont rapidement été forcé(e)s de constater, il est tout à fait possible de passer quelques années sur le campus sans jamais acquérir un vocabulaire plus développé que “Poutine”. Sans cours ou efforts particuliers, les espaces culturelles de la “McGill bubble” et géographiques du “McGill ghetto” permettent, sinon d’échapper au français, du moins de négocier sa vie académique, sociale et culturelle sans avoir à s’y confronter directement. L’expérience personnelle démontre même que les gérants de certains établissements culinaires proches du campus sont incapables d’offrir un service en français, ce qui est matière à controverse dans une province où les questions linguistiques échauffent les esprits…

Il n’aurait pas toujours dû en être ainsi. Il m’a été dit – mais je n’ai su le vérifier – que James McGill, lui-même bilingue, aurait voulu que l’université le soit aussi (comme l’est aujourd’hui l’université d’Ottawa). S’il n’en a pas été ainsi, il est néanmoins possible de passer sa scolarité sans écrire une ligne en anglais, vu que tous les devoirs, examens, et, thèses peuvent être rédigés en français. Du reste, certains (rares) cours sont bilingues (tous les cours de la faculté de droit), ou donnés en français (politique québécoise, par exemple), et ce parfois sur initiative personnelle: une de mes amies chargée de cours propose d’habitude qu’une des séances de ‘travail de groupe’ qu’elle dirige soit menée en français, pour les élèves intéressés.

Plus encore que dans les cours, le français se rencontre sur le campus, où on l’entend parlé dans tous les couloirs. Il y a un journal étudiant français, McGill coopère avec les universités francophones (dans mon département, il y a plusieurs centres de recherches en commun avec l’Université de Montréal), et, depuis peu et pour la première fois, la rectrice de McGill est francophone. Les controverses ne se sont pas estompées pour autant: le fait que seulement 18% des étudiants identifient le français comme leur langue maternelle, dans une université publique au sein du Québec, en déplait à plus d’un. À en croire un article du McGill Reporter, ce taux se situait à seulement 3% (!) en 1969, fait qui avait donné lieu au mouvement “pour un McGill français” (aux slogans annexes “McGill aux Québécois” et “McGill aux travailleurs”). Le 28 mars 1969, le mouvement organisa ce qui fût bien plus tard décrit par le McGill Reporter en 1996 comme “the second-largest protest in Montreal’s history” [“la deuxième plus grande manifestation de l’histoire de Montréal”], avec près de 10.000 manifestants aux Roddick Gates à l’entrée du campus.

Si ces demandes font moins de bruit aujourd’hui, elles n’ont pas tout à fait disparues: aux dernières élections municipales de 2013, je me rappelle vaguement d’un candidat qui proposait, tout simplement, de fermer McGill. Le débat continue aussi dans la presse et sur l’internet, comme l’illustre un article récent du Journal de Montréal, et surtout les commentaires, parfois hauts en couleurs. Fait marquant, une de mes amies m’a raconté qu’elle hésite parfois à avouer qu’elle est à McGill lorsqu’elle fait du covoiturage, et ressent un besoin de se justifier. Une drôle de sensation lorsqu’on étudie ‘chez soi’! – mais une qui s’explique peut-être par l’histoire mouvementée de l’institution et de la province.

Et dans le futur? McGill deviendra-t-elle plus francophone, moins francophone, où se stabilisera-t-elle autour d’un taux d’élèves de première langue française d’environ 20%, comme semble l’indiquer l’évolution des dernières années? Et y aura-t-il un jour des programmes en français? En 1999, lors d’une conférence organisée par le Programme d’Études sur le Québec, le président du Programme, Alain Gagnon, suggérait l’idée suivante:

“… that McGill students be offered the option to have a degree with a difference. Those who completed the necessary courses to be competent in written and spoken French in their discipline would have that indicated on their diploma, something that Carleton University has offered for the past 10 years, says Gagnon.” (McGill Reporter, April 8 1999).

[“… que l’on donne aux étudiants de McGill le choix d’avoir des diplômes avec un ‘plus’. Ceux qui complèteraient les cours nécessaires afin d’être compétent en français écris et oral dans leur discipline récolterait une mention spéciale sur leurs diplômes, une option que l’université Carleton offre depuis dix ans.”]

Comme mon idée d’écrire un post sur deux en français, il n’en est longtemps rien advenu. Mais comme mon idée, il n’est jamais trop tard! Et quoi qu’il en soit, ça fait plaisir d’écrire à nouveau in French.

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