Mes premiers pas dans l’univers du litige

Marie-Denise VanePar Marie-Denise Vane

Mon été de télétravail au sein de la Commission des services juridiques du Nunavut a été mon premier contact actif avec le monde du litige et le travail quotidien d’avocat.e. J’ai eu la chance d’assister des avocates spécialisées en droit criminel, de la famille et en protection de la jeunesse. Mon été 2020, c’était donc beaucoup de choses, dont certaines peuvent se résumer ainsi : effectuer de la recherche juridique, assister à des entretiens avec des clients, discuter moi-même avec certains d’entre eux, contacter des cautions potentielles, analyser de la législation, créer des documents administratifs et d’information. En somme, j’ai eu l’occasion d’apprendre. J’ai également vécu des premières fois mémorables.

Pour la première fois, j’ai rédigé par moi-même et en entier le mémoire du demandeur en prévision d’une audience. Il était question de la constitutionnalité d’une peine minimale. Mémorable. Pour la première fois, j’ai représenté un client devant une cour de justice. À mon grand bonheur, au Nunavut, les étudiants en droit peuvent agir en tant que représentant de l’accusé, dans certains contextes et sous certaines conditions. J’ai donc représenté un client devant la Nunavut Justice of the Peace Court lors de sa première comparution : « Your Honor, I have spoken with Mr. X and reviewed his file with him. He wishes to enter a plea of not guilty. » Bref, certes, mais mémorable. Pour la première fois, j’ai effectué une recherche juridique qui a permis à une avocate d’établir un précédent dans sa juridiction et de gagner sa cause. Dorénavant, en ces temps inusités de pandémie, un.e juge de la Cour de justice du Nunavut devra considérer qu’un accusé s’est vu accorder un crédit supplémentaire pour son temps passé en détention provisoire durant la Covid-19. Mémorable.

À toutes ces expériences formatrices manquait malheureusement une chose à mon sens essentielle : le contact humain. Avoir l’individu en face de soi. Analyser le non-verbal. Pouvoir établir un lien. Partager ses propres impressions, et ressentir les émotions de l’autre. Une des avocates de la Commission me décrivait le rôle d’un.e avocat.e en droit de la famille comme étant multidimensionnel. Représenter à la fois le conseiller juridique, le « life coach », le psychologue et plus encore. J’estime que le contact humain permet d’assumer ces rôles de manière efficace et sincère en offrant une présence réelle à sa clientèle.

Par contre, le contact humain implique aussi qu’il est essentiel de bâtir des « barrières émotionnelles » pour éviter d’être consumé par les problèmes de l’autre. J’aurais évidemment aimé pouvoir me rendre au Nunavut et vérifier ces affirmations par moi-même. Cependant, en repensant aux dossiers sur lesquels j’ai travaillé cet été et aux situations difficiles dans lesquelles se trouvaient les clients, je ne doute pas qu’elles soient vraies. Au final, ne pas avoir été en mesure de vivre le contact humain de la manière dont je l’aurais voulu m’a fait réaliser à quel point il s’agit d’une des facettes les plus importantes d’une pratique en litige selon moi.

Je termine en remerciant mes avocates mentor de m’avoir permis d’effectuer mes premiers pas dans l’univers du litige et en affirmant que j’ai très hâte d’entamer ma propre pratique, avec l’objectif de prôner le contact humain significatif au quotidien.

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