Human Rights and the Importance of Resources Beyond the Law

By Hannah MacLean Reaburn

The views expressed in this blog are my own.

This summer, I worked remotely with Avocats Sans Frontières Canada (ASFC) and with the Ministry of Justice in Namibia. The experience of working with two organizations was incredibly fulfilling, as I was able to practice my legal skills in a technical sense – through completing research projects, writing reports, and running legal analysis – but also because I was able to experience how the law operates in different contexts.

In a number of ways, the internships were very different, with ASFC being a non-governmental international cooperation organization and the Ministry of Justice being a government office; however, there were similarities in how both organizations approached the law as a tool to facilitate and access human rights. At both organizations, there was a recognition that the law was not the sole answer to the issues at stake and that, while the law is crucial as a resource and shapes the lived realities of many people, human rights work requires engaging with fields beyond the law.

At ASFC, I researched sexual and reproductive health rights for women in Mali, Burkina Faso, and Bénin. As a legal intern, my research focused on legal resources; however, the project itself is collaborative between ASFC, le Centre de Coopération Internationale en Santé et Développement, and SOCODEVI. Legal work alone is not enough to bring sexual and reproductive rights into reality: it also takes health, education, and transportation resources – among many others – for international human rights to become tangible. Though the law is a powerful instrument, it does not operate in a vacuum, and it takes multi-sector commitments to move human rights law from the abstract into reality.

At the Ministry of Justice, I reported directly to the Honourable Minister Yvonne Dausab. This internship experience emphasized for me the importance of journalism and publicly available information as means of facilitating human rights. Between working on projects pertaining to genocide reparations, vaccine access, and immigration, Minister Dausab took time to respond thoughtfully to questions posed by the public through newspaper opinion pieces and articles. To ensure meaningful and clear responses, I was assigned to research topics ranging from judicial independence to presidential discretion in appointing members of the National Assembly. Responding to these questions with such deep consideration demonstrated both the Minister’s respect for the thoughts of the public and recognition that people should be able to ask questions of their governments and have their concerns be taken seriously and responded to in an accessible and public manner.

I completed these internships after my first year of law school and after spending eight months focused on case law and legal reasoning, it was refreshing to see how much the law operates outside of itself. It has been with gratitude and humility that I’ve watched resources and ideas be exchanged between organizations with a variety of expertise in the shared pursuit of human rights.

Les “Gardiens de la Brousse”

Lucas MathieuPar Lucas Matthieu

Le Burkina Faso connait depuis deux ans maintenant l’émergence de milices armées indépendantes dans les quatre coins du pays. Nommées « Koglweogos » (Gardiens de la brousse), ces milices se proposent comme garantes de la sécurité des populations dans les zones du pays que l’armée et la police ne parviennent pas à couvrir. L’émergence de tels groupes relève de la synergie d’un certain nombre de facteurs. Le manque de confiance des populations envers le corps politique, notamment depuis la révolution de 2015 et la période instable de transition qu’il la suivit vient se coupler avec l’incapacité du corps judiciaire à poursuivre les auteurs d’un certain nombre de crimes impunis (entre autres l’assassinat de l’ancien président Thomas Sankara et du journaliste Norbert Zongo). Par ailleurs, l’insécurité extrême à l’Est et au Nord du pays, tant au niveau des attaques à main armée sur les routes que de la menace terroriste grandissante au Sahel, a démontré l’incapacité de l’État à assurer la sécurité des citoyens Burkinabès. Un collègue me racontait l’histoire d’un commissariat de campagne, couvrant une zone immense, et n’ayant pour seul équipement qu’une mitraillette et une moto pour quinze policiers. On comprend dans ces conditions que les populations s’organisent pour gérer leur propre sécurité.

Les Kowglweogos ont le mérite d’avoir rempli leur objectif. L’insécurité dans l’Est du pays a baissé drastiquement, les attaques se font plus rares, et les Burkinabès dorment plus tranquilles. Mais cela se produit au coût du manque total de respect pour les droits des présumés voleurs. Ceux-ci sont ligotés, parfois victimes de torture ou de traitement inhumains et dégradants, et forcés à confesser leurs présumés crimes sans autres formes de procès. Une fois confessés, ils sont maltraités d’avantage , voir parfois trainés à l’arrière d’une moto dans tout le quartier pour servir d’exemple aux voleurs potentiels. Facebook regorge désormais de pĥotos de ce type, postés par les groupes Koglweogos.

 

Un post Facebook du groupe “Koglweogos du Burkina Faso”.

Ainsi, si l’intimidation de ce type est bien une force de dissuasion efficace, elle se produit en désaccord complet avec les droits de la personne. La règle de droit et le droit à un procès équitable passent à la trappe; les Koglweogos se font juges et partis, et les victimes soufrent de traitements inhumains, d’atteinte à leur intégrité physique et morale, et à leurs droits à la propriété.

Le rôle d’organisations comme le Mouvement Burkinabè des Droits des Hommes et des Peuples devient alors paradoxal. Les Koglweogos sont des structures citoyennes qui tentent de défendre leur droit à la sécurité devant la faillite de l’État à le maintenir.  En tant que tel, ils doivent, selon le MBDHP, être encouragés. Mais comment créer un discours permettant à la fois d’encourager les initiatives citoyennes et locales palliant au déficit de l’État, tout en étant forcé d’en condamner les agissant en termes de torture et de violation des droits humains ?

J’ai eu la chance de rencontrer, lors de la visite d’une des antennes du MBDHP à Koudougou, trois Koglweogos qui étaient venus demander de l’aide au MBDHP suite à l’arrestation arbitraire de trois de leurs camarades. Le groupe de Koglweogos était entré en conflit avec la communauté d’un village. L’un des villageois refusait de payer les « frais de corde » (l’amende infligée par les Koglweogos aux voleurs ) et était parvenu organiser son village pour se battre contre les Koglweogos venus réclamer les frais. Une fois sur place, le groupe de Koglweogo refusa le combat et appela la gendarmerie. Celle-ci les incita les Koglweogos à leur remettre leurs armes et à les escorter « en lieu sûr ». Au final, elle en emmena trois directement au poste pour les arrêter, et en livra cinq autres, désormais désarmés, à la population en colère. L’un d’entre eux est désormais porté disparu, et présumé mort.

Un groupe de Koglweogos

J’avais, avant cette rencontre, mis au point pour Équitas l’introduction d’un « Plan d’action » au niveau des Koglweogos. Cela m’avait permis de mettre au point un document d’une dizaine de page, expliquant la genèse de ces groupes, leurs méthodes, et les problématiques qu’ils posent en termes de droits humains. Pourtant il fallut une rencontre directe avec l’un de ces groupes pour avoir l’autre coté de l’histoire; et comprendre les rapports de force, ainsi que le sentiment d’indignation, que ces groupes aussi connaissent devant la faillite de l’État. Lors de la réunion, le premier Koglweogo qui prit la parole nous expliqua selon son point de vue, que le MBDHP et les Koglweogos recherchaient les mêmes objectifs : corriger les individus pour faire une meilleure société. Seulement, selon lui, le MBDHP utilisait les méthodes des « blancs », alors que les Koglweogos utilisaient des médhodes plus « traditionnelles ».  Mon collègue répondit qu’il comprenait, et que seul un dialogue et une compréhension commune pourraient permettre à chaque parti d’attendre ce qu’il voyait aussi comme un objectif commun, la sécurité des Burkinabès.

Cela n’a pas répondu à mes interrogations quand au paradoxes que doivent connaitre les association de défense de droits de la personne devant des groupes de ce type. Mais ce fut une bonne leçon sur l’importance d’entendre toujours les deux côtés du récit, et de savoir appréhender chaque situation dans sa nuance et sa contingence particulière. Et surtout, sur le rôle irremplaçable des organisations grassroots comme le MBDHP. Il apparait que les seuls acteurs capable d’apporter cette nuance sont ceux qui agissent sur le terrain, en connaissent les contradictions, les compromis et les rapports de forces. Rien dans le matériel et la recherche que j’avais accumulé sur le sujet jusqu’à mon entrevue n’aurait pu m’y préparer, ou me permettre de donner une réponse tranchée à un paradoxe comme la réponse à donner aux Koglweogos.

« J’accuse Trump, j’accuse la France, j’accuse Sarkozy »

Lucas MathieuPar Lucas Matthieu

Ouagadougou (“Ouaga” pour les intimes) ressemble de plein de façons à ce à quoi l’on s’attendrait de la capitale d’un pays enclavé et sub-saharien. Le flux incessant des motocyclettes, la poussière, les gardes armés dans la rue, la pollution, la chaleur étouffante en cette saison des pluies, les maquis et leur poulet braisé : tout est en mouvement. Pas en ligne droite, vers le sacro-saint Développement, mais comme la trace d’un scooter fatigué qui crache encore, de ses zigzags, emballées, esquives suicidaires et roues arrière héroïques.

Dans cet assemblage, je suis forcé de reconnaitre, bien souvent, des restes – peu entamés – d’hégémonie française. À commencer par la langue, réappropriée certes, mais bien la même. En face de ma chambre, une vielle carte du Burkina indique encore, en légende, la superficie du pays, sa population, et son « maitre colonial » la France. Les antennes Canal+ sont partout, ma carte SIM est Orange et je paye en Francs CFA. Le Burkina Faso vient d’adopter le système LMD.  Bref, la France est omniprésente, sur le plan militaire, industriel, politique, économique, et culturel. La population Burkinabè en a tout à fait conscience. Alors que je marchais hier vers la rue passante pour trouver un maquis (bar/restaurant d’exterieurs qu’on trouve à tous les coins de rue), j’ai entendu un jeune dans un groupe qui criait « J’accuse Trump, j’accuse la France, j’accuse Sarkozy ». La nuit tombait, mais ç’aurait aussi bien pu être l’aurore.

Nous avons parlé du rôle de la France et des États-Unis dans le dispositif militaire Burkinabè et Ouest Africain en général, du système universitaire Burkinabè, des restes de la colonisation et du point de vue Burkinabè sur le la révolution technologique. Il semblait ambivalent sur ce dernier point. Il mentionna que la conquête coloniale européenne était basée sur le Progrès et la Modernité, bref, la fin de l’histoire. Il semblait convaincu de la nécessité pour l’Afrique de s’adapter et d’entamer une transition technologique – il prit notamment pour exemple la Corée du Sud et le Japon – tout en fustigeant le monopole français sur le capital social Burkinabé via la formation d’élites Africaines, l’imposition semi-camouflée su système scolaire Français et la fuite des cerveaux.

En même temps, il paraissait convaincu que la structure sociale africaine traditionnelle était responsable dans une certaine mesure de ce manque de changement. Il m’expliqua que l’écart entre les modes de fonctionnement sociétaux Africain et la rationalité occidentale ne permettait pas un tel saut. On comprend alors à quel point la domination française agit encore ici. Il ne s’agit pas seulement de contrôler, encore aujourd’hui, les ressources des anciennes colonies. Mais, via le soft power français, via Canal+, via Orange, via les publicités étincelantes pleines d’automobiles de luxe, montres érogènes et gratte-ciels parfumés, de créer le récit d’une Afrique immobile et coincée en étaux par ses soi-disant contradictions : culturellement, ni traditionnelle ni moderne; politiquement, ni colonisée ni indépendante; économiquement, pleines de ressource qu’elle serait incapable d’explorer.

 

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