Justice on the Go

Etienne F Lacombe

Étienne F. Lacombe

The administration of justice in Nunavut faces a discrete set of challenges, not the least of which is the territory’s vast expanse and geographically sparse population. In order to reach the majority of residents, the Nunavut Court of Justice must travel on circuit. Last week’s circuit in Pond Inlet serves as an example of how the delivery of legal services in the North often requires creativity and flexibility.

First, some background information:

The Nunavut Court of Justice usually sits in Iqaluit, where there is a permanent courthouse. On most weeks, however, it also sits in at least one other community. These sittings occur in school gymnasiums, community halls or other facilities. The frequency at which the Court visits each community varies from every six weeks to every six months, depending on the location’s needs. Each time, a host of staff and legal professionals travel with the Court, including a judge, a prosecutor, defence counsel, a clerk and a court reporter.

Pond Inlet 1

Friday

It’s 6 a.m. Defence counsel arrive at the Iqaluit Airport. Four hours later, the plane touches down on the dirt runway in Pond Inlet. Naptime is over. The lawyers climb down the steps of the aircraft, armed with a stack of files and a healthy dose of patience. This week will be a long one. Efforts to locate clients begin promptly as many of the accuseds do not have a phone. Staff contact the community radio station to advise that lawyers will be meeting all accused persons at the local hotel. Meanwhile, the court worker borrows a relative’s vehicle to locate some of the clients himself.

Saturday and Sunday

The weekend is dedicated to client meetings. Some have made an appointment, others arrive and wait their turn in the lobby. Most of them have never met the legal aid lawyer who will be representing them in a few days. Everyone is forced to share the space. The dining hall becomes a meeting area, as do a few of the hotel rooms. In each meeting, the lawyer reviews the allegations with his or her client and explains the difference between pleading guilty and not guilty. Discussions sometimes come to a standstill as the interpreter must run from one room to the next. At some point during the weekend, the Crown prosecutors arrive with their witness coordinator, and begin conducting meetings of their own. The judge also arrives and meets informally with the lawyers.

Monday

Defence counsel continue their meetings with clients. Some are showing up for the first time, others have returned after reflecting on how they will plead. Later in the day, the defence lawyers review each file with the Crown to consolidate their positions and come to joint resolutions where possible. Everyone then attempts to get a good night’s sleep, despite the 24-hour sunlight. The show starts tomorrow.

Tuesday

Court begins at 9:30 a.m. in the community hall. Dozens of people are in attendance, including accused persons, witnesses and family members. The court clerk works through the docket in a roll call fashion. Bench warrants will be issued for absentees in order to secure their attendance. Crown and defence counsel agree to begin with as many simple files as possible. The day therefore consists mostly of guilty pleas. After sentencing submissions, the elder sitting beside the judge is afforded an opportunity to speak to every accused. He offers guidance, and the judge often quotes from his advice in passing the sentence.

Wednesday

The in-custody accuseds arrive in Pond Inlet. They have been flown in from the Iqaluit jails to be tried in their community. This week, they will be housed in the RCMP detachment cells. Guilty pleas continue. Trials begin in the afternoon. It becomes obvious how dated some of the charges are, having been delayed due to the infrequency of circuits, the availability of witnesses, and a variety of other reasons.

Thursday

The trials continue, interspersed with guilty pleas from files that have been resolved overnight. Systemic pressures become more apparent as the lawyers and the judge speak with increasing candour. Some files must be prioritized while other may not be heard this circuit. By the end of the day, the Court has heard most of the cases. Counsel, the judge and community members dismantle the makeshift courtroom of folding chairs, tables, laptops and mobile internet terminals.

Friday

Defence counsel, prosecutors, court staff, the judge, an RCMP officer and the prisoners board a flight back to Iqaluit. It’s naptime again.

Pond Inlet 2

This play-by-play of a court circuit illustrates some of the unique circumstances under which the delivery of legal services operates in Nunavut. While circuit courts offer a number of advantages in the North, namely allowing the accused to be tried in his or her community and facilitating access to witnesses, they also pose a number of issues. The quality of representation may suffer under heavy dockets or strained schedules, and the continuity of counsel from one sitting to the next cannot be assured. These are but a few of the challenges to practising law on the go.

La détermination des peines au Nunavut : un exercice sui generis

Étienne F. LacombeÉtienne F. Lacombe

Quelles que soient ses connaissances au préalable, l’étudiant(e) qui effectue son stage auprès du bureau d’aide juridique d’Iqaluit ne peut s’empêcher de développer une intime familiarité avec la détermination des peines (sentencing). Qu’un dossier n’en soit qu’à ses débuts ou que la cause tire à sa fin, le criminaliste se doit de pouvoir estimer une peine appropriée – et il revient souvent à l’étudiant(e) de parvenir à une estimation. Il s’agit d’un curieux travail étant donné l’unicité de la criminalité au Nunavut et le peu d’arrêts publiés. D’ailleurs, il est souvent possible de survoler l’ensemble des décisions de la Cour de justice du Nunavut sur une infraction du Code criminel sans y repérer d’arrêts semblables.

Il y a quelques semaines, je discutais de mon travail à Maliiganik Tukisiiniakvik avec un juge de la Cour suprême en visite pour la première fois à Iqaluit. Celui-ci me demanda alors si l’on pourrait qualifier la détermination des peines au Nunavut de sui generis. À mon sens, la détermination des peines dans ce vaste territoire se distingue de celle des autres juridictions canadiennes, quoique la compétence fédérale en matière de droit criminel lui impose tout de même certaines contraintes. D’une part, les juristes nunavummiuts ont su s’approprier les concepts reconnus dans l’ensemble du pays—tels les rapports Gladue et la justice réparatrice—pour y infuser des valeurs inuites et refléter les préoccupations propres à leur territoire. D’autre part, des limites au plan structurel, dont les peines minimales et les ressources au niveau correctionnel, restreignent le caractère sui generis de la détermination des peines au Nunavut.

Les principes qui encadrent la détermination des peines figurent à l’article 718.2 du Code criminel. Parmi ceux-ci, l’alinéa e) impose aux tribunaux « l’examen, plus particulièrement en ce qui concerne les délinquants autochtones, de toutes les sanctions substitutives qui sont raisonnables dans les circonstances et qui tiennent compte du tort causé aux victimes ou à la collectivité ». La Cour suprême s’est prononcée sur cet alinéa dans les arrêts R c Gladue et R c Ipeelee, entre autres, pour prescrire aux juges qui imposent une peine à un délinquant autochtone de considérer toute solution de rechange à l’incarcération. En l’absence de telles solutions, la peine d’emprisonnement devrait être restreinte. Étant donné les tristes réalités historiques et systémiques qui affligent de nombreux accusés, la Cour de justice du Nunavut est en mesure d’imposer avec régularité des sentences qui tiennent compte de l’unicité de la population majoritairement autochtone.

Les juristes nunavummiuts ont également su tailler la détermination des peines à leur façon par le biais de la justice réparatrice. La justice réparatrice existe dans l’ensemble des juridictions canadiennes. Elle permet aux victimes et aux membres de la communauté de joueur un rôle actif pour régler le tort causé par le délinquant en facilitant un dialogue entre les parties, par exemple. Au Nunavut, il existe un comité de la justice dans chacune des communautés du territoire. Ces comités, nous expliqua-t-on lors d’une formation au début de l’été, se servent de valeurs sociétales inuites pour que la justice réparatrice reflète les attentes et les besoins du Nunavut.

Dans certains cas, il est possible pour les juges du Nunavut d’imposer une peine qui tient compte des problèmes sociaux les plus importants du territoire. Les effets de la toxicomanie et de l’abus de stupéfiants, par exemple, se ressentent nommément dans le Nord canadien. Les juges ne se gênent donc pas pour souligner l’importance particulière de lutter contre le trafic de stupéfiants au Nunavut (voir par exemple R v KP et R v Qrunngnut).

Par contre, d’autres préoccupations ne peuvent être convenablement reflétées dans la détermination des peines en vertu des limites au plan structurel. En ce qui concerne la législation fédérale, les peines minimales restreignent le caractère sui generis de la détermination des peines au Nunavut.

Dans un premier temps, la promotion de la culture inuite est particulièrement importante au Nunavut. Bien entendu, il est plus facile pour les détenus inuits de vivre leur culture dans le territoire. Comme me l’expliquait un des gardiens, les employés des prisons territoriales ont pour mandat de faciliter un encadrement culturel pour les détenus. La possibilité de purger sa peine dans un des établissements d’Iqaluit n’est toutefois ouverte qu’aux délinquants condamnés à moins de deux ans de prison. Pour ceux à qui les peines minimales imposent une sentence de deux ans ou plus, le juge ne peut empêcher que l’individu soit transporté à un pénitencier dans l’une des provinces.

Dans un deuxième temps, un défi semblable s’impose quant à l’employabilité. Les juges sont conscients du peu de travail rémunéré qui s’offre à certaines tranches de la population du Nunavut. Pour nombre d’infractions, une peine discontinue permet au délinquant de conserver son emploi en purgeant sa peine la fin de semaine. Puisque cet accommodement n’est disponible que pour les sentences de moins de 90 jours, un juge qui se doit d’imposer une peine minimale de 120 jours, par exemple, se trouve dans la fâcheuse obligation de compromettre l’emploi du délinquant sans savoir s’il pourra le regagner.

Enfin, la disponibilité des ressources sur le plan correctionnel limite la flexibilité dont jouissent les juges du Nunavut dans la détermination des peines. Ailleurs au pays, il est possible pour le tribunal de reporter la détermination de la peine afin que le délinquant puisse participer à un programme de traitement agréé par le gouvernement (voir l’article 720(2) du Code criminel). Or, le gouvernement du Nunavut n’a à ce jour approuvé aucun programme de ce type ; ceux-ci n’existent pas dans les communautés. En effet, les programmes de traitement pour la toxicomanie et la violence conjugale ne sont principalement offerts que dans les prisons. Compte tenu de cette situation, le juge doyen de la Cour de justice du Nunavut constate que « [t]he court has had to adjust its sentencing posture to reflect the stark realities of Nunavut » (R v JN).

Les juges du Nunavut sont appelés à infliger des peines dans un contexte sans pareil. Il n’est donc pas étonnant que ceux-ci se soient approprié les concepts reconnus dans l’ensemble du pays afin que leurs sentences reflètent l’unicité du territoire et de sa population. L’on pourrait ainsi qualifier la détermination des peines au Nunavut de sui generis. Toutefois, force est de constater que certaines préoccupations telles la promotion de la culture inuite et l’employabilité ne peuvent être pleinement prises en compte dans le cadre qu’impose la législation fédérale et la distribution des ressources. C’est dans ces circonstances qu’évolue la détermination des peines au Nunavut : confrontée d’une part par d’uniques problématiques et d’autre part par les bornes qui lui sont imposées.

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