Adaptation Bis

ludo Par Ludovic Langlois-Therien

Déjà près d’un mois que je travaille à la CONGEH. Avec le temps, mon travail s’est précisé. Le Cameroun doit rendre son premier rapport concernant ses obligations selon le Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels en automne prochain. La CONGEH, ainsi que d’autres organismes locaux œuvrant dans les domaines incidents aux droits du PIDESC, ont donc été sollicités par Habitat International Coalition pour produire un rapport parallèle, qui devrait vraisemblablement être présenté à Genève au même moment.

Le travail apparaît colossal pour un organisme à vocation communautaire tel que la CONGEH. Plusieurs défis se posent, notamment au niveau méthodologique. Par exemple, en ce qui concerne les normes statistiques à suivre dans la prise de données, les ONG camerounaises ont beaucoup de retard par rapport à leurs consœurs d’autres pays. Néanmoins, les superviseurs se sont relevé les manches et mettent présentement les bouchées doubles pour obtenir les ressources nécessaires au bon déroulement de l’étude.

J’espère vraiment que ce projet se développera autant qu’il le mérite. Notons qu’étant donné le statut embryonnaire des institutions inter-africaines des droits de la personne, le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU demeure une des meilleures vitrines pour exposer les problématiques auxquelles je fais face présentement.

Et même s’il est pratiquement certain que le dépôt du rapport ne résultera pas dans une amélioration tangible de la situation des résidents des bidonvilles victimes d’abus, il permettra à la problématique de rayonner un peu plus…

D’autre part, je crois m’être résolu à l’idée que « l’adaptation » ne serait pas que l’affaire des premières semaines, mais bien la trame sous-jacente à tout mon séjour… L’autre jour, en revenant du travail, il y avait un attroupement dans la rue non loin d’où je loge. On entendait des gens crier et la foule était si compacte qu’il était difficile de seulement même passer. Curieux, je me frayais un chemin pour découvrir la cause de l’émoi : deux gendarmes et, à leurs pieds, un type qui gémissait dans une mare de sang, le visage complètement défait, les membres tordus. On m’apprit que la personne blessée était en fait un bandit qui avait tenté de forcer une voiture. La personne s’était fait rattraper par des badauds qui lui avaient « réglé son compte ». La police était débarquée à temps.

Avec une candeur déconcertante, d’autres gens m’ont dit que la pratique usuelle dans les cas de récidive allait jusqu’à asperger le présumé criminel d’essence, le mettre sous des pneus et le brûler vif. Carrément. Un ami voulait même me montrer une vidéo d’une de ces crémations populaires qu’il avait captée avec son téléphone cellulaire à Douala…

En fait, dans les quartiers excentrés, comme les forces de l’ordre ne sont pas toujours présentes, il semble que la justice du peuple est parfois une réalité aussi laide que nécessaire. Aussi, il reste que la criminalité est ici assez limitée; même en marchant seul au milieu de la nuit, je me suis toujours senti en sécurité, y compris dans les quartiers plus « chauds ». Cette nuit là, en me couchant, je me suis rappelé Surveiller et Punir et j’ai eu une petite pensée pour les Vincent Lacroix et autres Madoff de notre coin du monde…

Thank you very much!

Ludo

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